Loin de se vendre tout fait, par séries, le pantalon ne se confectionnait encore que sur mesure et des prudes, que, peut-être, l'objet tentait, étaient retenues par la crainte de laisser prendre les leurs. Cette opération ne permettrait-elle aux mains du couturierce caleçon semble en vérité tenir plus de la culotte que du pantalonà des investigations particulièrement indiscrètes.

Aussi, l'un d'eux, le sieur G. Dartmann, «tailleur et professeur», de chercher à rassurer les hésitantes, en indiquant la «manière de prendre la mesure.

«Une des vertus qui caractérisent et embellissent le plus les femmes, c'est sans contredit la modestie: aussi la plupart d'entre elles, quelque soit d'ailleurs leur désir de posséder un caleçon s'effarouchent-elles à la seule idée d'en laisser prendre la mesure. Elles renoncent donc à porter ce vêtement commode dans la supposition où elles sont qu'on ne pourrait en prendre la mesure sans que leur pudeur n'eût à en souffrir.

«Il devient donc opportun ici de faire connaître par quel moyen entièrement rassurant pour les mœurs, nous arrivons promptement à prendre la mesure nécessaire à la confection de ce vêtement.

«D'abord on procède par-dessus la robe; à cet effet, on pose le bord de la mesure au-dessus des hanches, puis on la descend immédiatement jusqu'au dessous du genou; dès lors c'est le jarret qui détermine la longueur du caleçon et c'est de l'étendue que prend la circonférence du jarret que doit sortir la division de la mesure.

«Comme on le voit, le moyen est prompt, assuré et conforme aux principes de la plus sévère bienséance; il est en outre assez simple pour que la personne puisse elle-même prendre la mesure de son caleçon, et il n'y a rien, comme on voit, qui puisse alarmer la pudeur.»[209]

Après ces lignes rassurantes, le professeur a soin de célébrer comme sœur Véronique et comme Mercier, les avantages du caleçon, particulièrement contre le froid:

«On ne saurait trop conseiller aux dames d'adopter le caleçon, les avantages qui s'y rattachent sont incalculables; leur esprit est trop subtil pour qu'elles n'en devinent pas une partie; mais n'y eût-il que l'avantage unique de les garantir de la rigueur du froid et de l'intempérie des saisons, ce serait ce nous semble raison suffisante pour en rendre l'usage général.»[210]

Malgré ces avantages incalculables, «les impures» même ne semblent pas avoir conservé à cette époque, le goût pour le pantalon qu'avait signalé La Mésangère et que devait noter Edmond Texier. Gavarni n'en fait porter à aucune de ses «lorettes»: elles sont, pourtant, demeurées charmantes avec leurs longues et larges chemises, si démodées, et qui datent pour nous d'un autre âge.

Une note de Balzac paraît, il est vrai, indiquer qu'il était resté cantonné dans le quart de monde, ou qu'il le cantonnait, si l'on préfère. La femme du monde, la femme comme il faut, n'en portait pas encore, ou les portait très simples et ne les laissait point voir: