Des caleçons et dans quel but s'il vous plaît?

Mais, monsieur le comte, afin que si par hasard... Vous comprenez, dans la rue le pied peut glisser, ou bien un coup de vent perfide... cela s'est vu! et ma tante prévoit tout! D'ailleurs dans la famille de ma femme, on a toujours porté des caleçons. Sa tante ne les a jamais quittés, à ce qu'elle nous disait l'autre soir; moi, j'en porte depuis notre mariage, notre femme de chambre et notre cuisinière en ont; c'est-à-dire mon épouse vient de renvoyer sa femme de chambre, parce qu'elle s'est aperçue qu'elle se permettait parfois de n'en pas mettre pour sortir le dimanche... Une fille qui ôte son caleçon pour aller se promener dans la campagne ne peut avoir que de mauvaises pensées, nous ne pouvions pas la garder»[217].

Cela rappelle un peu une maison bourgeoise où toute nouvelle bonne recevait à son entrée dans la place, une demi-douzaine de pantalons fermés, de la main de Madame... Ils étaient moins destinés à défendre sa problématique vertu contre la vigueur du garçon boucher et du commis-épicier que contre la sénilité de Monsieur. Ses soixante ans avaient un faible pour le tablier blanc et la cuisinière semblait avoir pour ce vieux gourmand un ragoût particulier.

Ah oui, ce nouveau vêtement étonnait Paul de Kock! La laitière de Montfermeil ne l'avait point habitué à ce mensonge sous la jupe, lors de sa chute non moins sensationnelle que celle de Mlle Churchill.

Oui; mais... on peut tomber sans montrer... sans faire voir... C'est égal, vous êtes le premier qui l'ayez vu, toujours[218].

Petit à petit, quoiqu'on eût tenté, en 1844, de le supprimer aux fillettes, et l'exemple partait de haut, le pantalon commençait à s'infiltrer dans les mœurs, ou plutôt sous les jupes.

La reine des Belges avait bien essayé de n'en pas faire porter à sa petite fille, ainsi qu'en fait foi le Moniteur de la Mode:

«On adopte maintenant pour les enfants les robes courtes sans pantalons. C'est une mode très bonne à suivre dans l'intérêt de la grâce et du développement physique. Nous avons pour autorité et pour spécimen un portrait de la fille de la reine des Belges, par Winterhalter»[219].

Mais l'intérêt des culbutes l'emporta et les fillettes continuèrent à porter des pantalons, d'autant plus que leurs mamans commençaient à en faire autant.

En mai 1843, pour la première fois, on le voit figurer sous la plume de Mme Popelin-Ducarre dans le trousseau d'une élégante: