Je n'ai jamais compris Vénus en pantalon.

Le fiancé ne prévoyait guère ces voiles protecteurs qu'il devait par la suite ne pas aimer, quand dans une de ses lettres à Adèle Foucher, il lui reprochait de relever trop haut ses jupes dans la rue et de laisser voir ses jambes aux passants[234].

Ainsi que la politique, le pantalon fit des siennes et tenta son coup d'état, en décembre 1851, en réclamant ses droits sous la «toilette de bal ou de grande soirée»:

«La jupe est en gaze blanche très ample; elle a pour tout ornement, devant, trois chefs d'argent partant du milieu et s'éloignant du bas. Entre eux il y a un semis de pois d'argent. Un pantalon de gaze blanche unie et n'ayant que très peu d'ampleur est retenu au bas de la jambe par un chef en argent»[235].

Cette description ne ment pas à la réalité.

Sur la planche consacrée à ces splendeurs, la jeune personne ainsi accoutrée lève modestement de la main droite le bas de ses jupes, sous lesquelles apparaît, au-dessus de la bottine, le poignet du pantalon. A ce douloureux spectacle, une belle dame, dont le costume constitue une symphonie d'un vert grelottant, baisse vers elle l'attrition de son regard... On sent proches des compliments de condoléances.

Encore que ce ne fut guère joli, jamais tentative aussi sérieuse n'avait été faite pour faire accepter à la femme cet accessoire. C'était vouloir le faire passer de la toilette de villégiature, sous laquelle on le déclarait dès 1846, indispensable, dans la toilette habillée. Depuis les beaux jours de Catherine de Médicis et de Notre-Dame de Thermidor, jamais on n'avait eu semblable audace.

Certaines, entre autres la princesse de C... suivirent trop à la lettre la mode nouvelle, et ne craignirent pas de s'embarrasser d'un pantalon non pour une soirée, mais pour un rendez-vous. Lourde faute, car il était fermé.

Cela ressemblait à une mauvaise plaisanterie. La pauvre femme en fit l'expérience et ne pardonna point à son soupirant de n'être pas un de ces vigoureux amants de Brantôme, qui, en un coin de fenêtre, savaient essarter les caleçons de leur dame s'ils avaient le mauvais goût d'être bridés?:

«Après Mme P..., Mme la marquise de C..., a eu l'honneur de passer devant notre aréopage. C'est encore un bas bleu de première qualité, qui étudie les langues modernes et les guitares, jadis coquette et très maniérée; je l'ai connue fumant la cigarette chez la princesse M... Le pauvre E... M..., en était très épris, il eut d'elle un rendez-vous qui n'eut aucun résultat, parce qu'elle portait pour la circonstance des pantalons sans couture, que mon timide ami n'osa pas déchirer, ce qu'elle ne lui a point pardonné»[236].