Cette idée aussi! Comme on comprend après cela ce cri du cœur d'une honnête bourgeoise de Nancy qui, après avoir voyagé en tête à tête et de nuit avec un bel officier bleu, confessait le lendemain à une amie:

Sotte que je suis! pour une fois que j'ai eu une occasion, j'avais un pantalon fermé...

En janvier 1852, les premières lignes de la chronique du Moniteur de la Mode constataient le terrain gagné par le pantalon:

«Le pantalon, jadis toléré pour la demi-toilette, a fini, d'empiètement en empiètement, par avoir ses entrées au bal. On fait pour les soirées dansantes d'élégants pantalons bouffants et serrés à la cheville par un poignet formé d'un chef d'argent. Cette mode a pour objet de protéger la jambe contre les indiscrétions de la valse et de la polka.

«Quelque chose de charmant et qui s'harmonise à ravir avec les pantalons à la sultane (tel est le nom de cette importation asiatique), c'est un brodequin de satin blanc...»[237].

«Le pantalon jadis toléré pour la demi-toilette». Que diraient de cela les belles dames ou les fraîches demoiselles de chef-lieu de canton qui n'en portent, elles, que leurs jours de grande toilette? Le pantalon accompagne le chapeau à plumes, et quelles plumes!

Tantôt en percale, sans garniture d'aucune sorte, tantôt garnis d'une humble frivolité (1844) ou «en batiste très fine, bordé d'une toute petite valencienne» (juin 1851), couvrant la jambe et une partie de la bottine, ces pantalons dépassent sous les jupes des fillettes et des jeunes personnes. Les journaux de modes et les journaux illustrés en font vivre le souvenir et Violette ne les a point oubliés:

«Ces pantalons de percale voilant la jambe jusqu'à la cheville, très décents, mais affreusement laids et bourgeois, qui donnèrent aux jeunes filles d'il y a trente ans l'air de pigeons pattus»[238].

Lorsque les femmes se décidèrent à emprunter aux petites filles cette partie de leur toilette, l'hygiène aurait eu voix au chapitre autant que la prudence, ... je n'ose dire la pudeur. Edmond Texier accorde même plus d'importance à cette considération qu'à la crainte du vent et des chutes.