Pas un historien du costume n'a négligé de noter cette petite révolution que les cerceaux des coquettes amenaient dans leurs dessous.

«C'est l'usage de la crinoline, écrivait Bertall[245], et de ses énormes cages de fer, dont l'effet était d'écarter au loin les jupes et les jupons des dames, qui a nécessité l'emploi de ces petits fourreaux de fine toile de lin ou de coton, qui sont chargés de garantir ce que les jupes et les jupons placés trop loin ne garantissent plus suffisamment.

«Depuis, les cages et les vastes jupons ont été supprimés, mais l'habitude du pantalon était prise et elle a persisté».

A diverses reprises, M. John Grand-Carteret a signalé l'étroite alliance qui unissait le pantalon à la crinoline et qui devait, dans le Gil Blas fournir à Colombine le sujet d'une si jolie chronique.

«Prise en elle-même, au repos, suivant la pittoresque expression d'un vaudevilliste, la crinoline, loin d'accentuer les formes, enfermait le corps dans une sorte de cage de sûreté; malheureusement elle ballonnait, et ses balancements, plus ou moins gracieux à la marche, devenaient inquiétants lorsqu'il s'agissait de franchir un passage étroit.

«N'est-ce pas elle qui compléta la toilette intime en rendant les inexpressibles d'un usage général?

«Malgré tout, la femme qui montait un escalier n'aimait pas à se sentir quelqu'un derrière les talons, parce que, en ce mouvement ascendant, comme quand elle se penchait du reste, on voyait toujours de son individu, plus qu'il n'est pour habitude d'en montrer»[246].

Monter en voiture ou seulement s'asseoir présentaient une difficulté et offraient un danger.

«L'entrée en voiture oblige au jeu le plus étourdissant de froissements, à des gestes pudiques rappelant celui de la Vénus accroupie. Si l'on s'assied en public, il faut prendre des temps et se contorsionner en de savantes manœuvres»[247].

«On dût inventer, ajoute Maurice Leloir, des caleçons bouffants dans le genre de ceux des Vénitiennes du XVIe siècle, vêtement de toute nécessité, car qui ne se souvient des indiscrétions des crinolines lorsqu'une élégante se prosternait à l'église ou simplement s'installait dans un omnibus»[248].