Ces deux lignes du «Sottisier» ont inspiré à Léonnec, dans le Sourire, un de ses plus joyeux dessins[361].

Suivant les quartiers, le pantalon s'étale plus ou moins à la devanture des lingères et des blanchisseuses de fin. Plus on monte vers Montmartre, plus son élégance croît et plus, comme un tableau de maître, il occupe la cimaise. L'on sent le voisinage de Tabarin et des restaurants où l'on soupe et où l'on danse: il en est de tout en dentelles, dont la fermeture trahit le côté professionnel. Ici, l'on vend des «cousus» pour un prix des plus abordables, là, ils sont ouverts, mais blancs ou roses, avec leurs volants et leurs dentelles, ils ne sont pas du tout pantalons de mères de famille, nullement «mère chrétienne».

Des pages entières des catalogues des magasins de nouveautés leur sont consacrées. Ce serait à croire que l'usage en est devenu absolument général, et que toute femme peut dire, comme Mme Claire de Chancenay: «Après le corset lacé selon les principes, nous avons d'abord à mettre notre pantalon, comme les Messieurs...»[362].

Non pourtant, en dépit de la mode, de la science, des amoureux et des hygiénistes, il est encore des femmes à n'en pas porter et combien, et des plus honnêtes, suppriment, l'été, «ces objets-là», les jugeant «chauds et encombrants».

Il n'y a pas trente ans, Ris-Paquot, dans son Livre de la femme d'intérieur, croyait devoir insister encore sur l'utilité du pantalon... et sur son peu de grâce:

«Le pantalon, pour les femmes, est un objet de lingerie de première utilité, et quelque laid et peu gracieux qu'il soit, il n'en rend pas moins de précieux services.

«Qu'il soit en madapolam l'été, et en flanelle l'hiver, outre qu'il tient chaud, il est d'une utilité incontestable»[363].

C'est faire bon marché de la coquetterie—madapolam et flanelle «non, merci!»—et se ranger carrément du côté des médecins. Ceux-ci sont unanimes et intraitables.

Dès 1816, conformément à l'avis des Drs Desessartz et de Saint-Ursin, le Dictionnaire des Sciences médicales croyait devoir recommander, à l'article «fille»: «l'emploi des caleçons par les temps froids»[364]. Mais cet emploi est long à se généraliser, en 1845, le Manuel d'Hygiène du docteur Foy signale seulement, à titre d'exception: l'usage du caleçon, en cela d'accord avec le Dictionnaire de Napoléon Landais, qui, cette même année, le décrit ainsi:

«Vêtement en forme de culotte, ordinairement d'étoffe légère, que les hommes portent sous le pantalon et quelquefois les femmes sous leurs jupons»[365]. Bescherelle exagérait donc quelque peu en ajoutant: «en France beaucoup de femmes ont adopté l'usage du caleçon» manquant[366].