Ce qui était vrai lorsque Littré publia son Dictionnaire ne l'était pas encore lors de la première édition du Bescherelle, et Littré, citant Montaigne, se borne à évoquer la «richesse des calessons de la signora Livia»[367], sans entrer dans de plus amples détails.

Le premier Larousse, généralisant l'affirmation de Bescherelle définissait ainsi le pantalon féminin: «Vêtement que les femmes portent sous leurs jupons, et qui est analogue au pantalon des hommes, mais plus court»[368], tandis que le Nouveau Larousse se montre descriptif: «Culotte de lingerie ou de flanelle, fendue ou se boutonnant sur les côtés, que les femmes portent sous leurs jupons»[369].

La Grande Encyclopédie, par contre dans le long et consciencieux article qu'elle consacre au Costume (Tome XII, p. 1151-1170) fait à peine allusion aux «chausses désignées sous le nom de caleçon»[370] des contemporaines de... Charles IX et ne souffle pas un mot du pantalon actuel.

Les médecins n'avaient pas désarmé, cependant. En 1877, tout en ne sachant trop «recommander aux femmes l'usage des caleçons de toiles,» le Dr Becquerel constatait avec plaisir que cet usage «commence très heureusement à se répandre et même à se généraliser»[371].

Ce qui n'empêchait pas, quinze ans plus tard, le Dr de Soyre d'écrire avec mélancolie:

«Je sais bien que de nos jours l'habitude est prise par beaucoup de dames de porter des pantalons; mais, comme j'en connais encore qui n'ont pas souscrit à cette nouvelle mode, je suis obligé de déclarer que toute femme en temps ordinaire comme pendant sa grossesse, devrait toujours porter un pantalon»[372].

Ces médecins sont de terribles hommes. Il ne leur suffit pas d'ordonner aux femmes de porter un pantalon, encore faut-il qu'il soit en flanelle[373] ou en futaine, ou encore «en tissu anglais, laine et coton»[374]: à cette condition seule, ils lui permettront d'«être fendu largement, comme le pantalon; seulement comme il s'applique étroitement sur la peau, il maintient la chemise bien croisée en avant»[375].

Sans quoi, tout en constatant que la «plupart des femmes, au moins celles des villes, portent aujourd'hui des pantalons»[376], ils voudraient, aussi bien le Dr de Soyre que le Dr Olivier ou qu'Ernest Monin[377], que ceux-ci soient fermés. Les pantalons tels qu'ils sont portés, «étant très largement ouverts, laissent passer l'air et les nombreux microbes qu'il contient»[378].

L'air n'est pas seul à contenir des microbes. Vous aussi, vous en contenez, chères âmes, et ce qui est pis, vous en répandez. Les chimistes, ces gens-là sont, comme les médecins, sans pitié, ont étudié les microbes que contenait un pantalon de femme, après avoir été porté. Ils sont innombrables et redoutables. Ceux qui constituent les poisons les plus violents ne viennent pas de l'air, mais de vous, Mesdames.

Lisez plutôt cette chronique documentaire d'Émile Gautier. Je lui en laisse toute la responsabilité: