«N'allez pas croire que ce soit là (le poison sudural) le triste apanage de la plus vilaine moitié du genre humain! Vous même, sauf votre respect, charmante lectrice, dont la peau fraîche, élastique et veloutée semble un poème d'ivresse et d'extases, vous logez, sans vous en douter, à non moins scabreuse enseigne.
«Quelqu'un s'est procuré, sans doute à prix d'or, non pas le gilet de flanelle, mais... comment dire cela?—mais... la lingerie la plus intime... le pantalon (ça y est!) d'une jeune et jolie personne, retour du bal. Eh bien! mis à tremper, encore tièdes et humides, dans l'eau bouillie, ces capiteux «dessous» ont donné des produits terribles, qu'on a essayés—non sans rosserie—sur des lapins. Les lapins en sont morts tout comme le chien du professeur Arloing, mais leur agonie fut différente. Au lieu de la dépression comateuse constatée chez le chien, les lapins furent en proie à une sorte de névrose hystérique, avec contorsions, satyriasis, danse de Saint-Guy, tout le saint tremblement, bientôt résorbé dans le suprême effondrement de la paralysie générale.
«Ce qui tendrait à établir que l'odor di femina se caractérise par quelque chose de convulsivant et de tétanique.
«N'insistons pas de peur de dire des bêtises et de glisser sur la planche savonnée de l'inconvenance»[379].
Bref, la vengeance du pantalon sur le «lapin», et quel admirable moyen pour les femmes implacables et jalouses de se débarrasser de leur seigneur et maître: ni arsenic, ni bouillon d'allumettes, mais un bon bouillon de pantalon, et ce sera la paralysie générale après une nuit d'amour, une de ces nuits sensationnelles qu'une femme n'oublie pas.
Tandis que le pantalon rencontrait en Europe de telles résistances, il est amusant de constater l'enjouement enfantin dont il a été, au contraire, parfois l'objet, sous d'autres latitudes.
Ainsi, dans ses Souvenirs de Birmanie, lady Dufferin, marquise d'Ava, femme de l'ancien vice-roi des Indes, qui fut quelque temps ambassadeur à Paris, note ce souvenir d'un des caprices de la reine Soopaya Lât, épouse du roi Theebaw:
«Ces dames (des religieuses françaises) travaillaient aussi beaucoup à l'aiguille pour la reine. Elle découvrit, par exemple, que le pantalon est un vêtement indispensable dans la toilette d'une femme: aussitôt les sœurs se mettaient à l'ouvrage et confectionnaient des pantalons pour toutes les dames de la Cour»[380].
A Madagascar, il y eut mieux: les femmes howas «n'ont jamais dû voir de pantalons d'européennes, car elles n'en portent pas», disait, dans une conférence M. Landeroin, l'un des frères de l'ancien interprète de la Mission Marchand[381]... Pas du tout! m'a affirmé un officier supérieur, longtemps attaché à l'état-major du général Galliéni, elles en portent, de finement dentelés, même, et dont elles ne se séparent jamais, pas même la nuit car, ouverts, ou fermés, ils ne les gênent en rien, seulement,... ils sont tatoués.