«Or, si Étincelle a raison—et Étincelle a toujours raison—si les paniers reviennent à la mode, malgré le désespoir de J.-J. Weiss, le pantalon doit rentrer en triomphateur, comme un accompagnement indispensable; ceci amène cela, et en songeant à l'hospitalité écossaise, nous pouvons dire: ceci tuera cela, car si l'hospitalité écossaise jouit d'une renommée spéciale, c'est qu'en Écosse le pantalon est aussi inconnu que les brosses à dents en Bretagne ou, pour être plus poétique, que les éperons à Venise.

«Je ne sais si nos maris et nos amants sont précisément, en cette fin de siècle, à une de ces époques héroïques où, comme Guzman, on ne connaît pas d'obstacle. Je ne sais s'il est intelligent, s'il est politique de notre part d'accumuler les difficultés, de revenir aux anciennes entraves et de remplacer par le système protecteur celui du libre-échange, qui semblait donner d'excellents résultats. Et cela précisément au moment où M. Lagneau constate, par des rapports éplorés, que la population diminue dans une inquiétante proportion. Ne serait-ce pas au contraire le moment de faire feu sinon des quatre pieds, du moins... des deux jambes et de réveiller les sens endormis par une recrudescence de séductions et d'aperçus cantharidés, par une exhibition suggestive rappelant la belle phrase du divin prophète: «Laissez venir à moi les petits enfants.»

«La femme est charmante en chemise,—on me l'a souvent dit et à vous aussi, mesdames? Regardez plutôt au musée du Louvre la statue de la jeune Lacédémonienne, vêtue seulement d'un tissu transparent commençant sous les seins et laissant les jambes entièrement découvertes. Elle conserve, dans ce costume primitif et biblique, toutes les grâces provocantes de son sexe. Un bas à passer, la chevelure à relever, une épingle à ramasser motivent immédiatement des mouvements de Diane au bain, évoquent le souvenir des Muses de Raphaël, des Aurores du Guide, des Grâces de Jean Goujon ou des Nymphes de Carrache. En pantalon, au contraire, la vraie femme, celle qui n'a rien de commun avec la poupée de Jeanneton, qui, en un mot, a des rondeurs, des saillants et des rentrants, paraît toujours basse sur pattes et ridiculement callypige. Le pantalon est difficile à enlever, compliqué à remettre, et, posé sur un fauteuil, produit l'effet le plus piteux. Il faut donc absolument le condamner avant, pendant et après.

«Et, quant à moi, je ne serai satisfaite que quand J.-J. Weiss pourra chanter triomphalement à Étincelle:

Adieu paniers, vendanges sont faites,

air auquel je répondrai par ce simple vers d'un opéra connu:

Bonsoir, monsieur Pantalon!»[385]

L'on ne saurait mieux dire.

Le Journal des Demoiselles trouvait jadis le pantalon inconvenant pour une première communiante. Il en est de même—mais les raisons diffèrent—pour une femme, quand elle porte des chaussettes.

«Les jours où on met les chaussettes, édicte Jo, (ce ou plutôt cette Jo ne fut jamais ministre que de nos plaisirs), ces jours-là, petite Lo, on ne met pas de pantalons»[386].