Le caleçon ne se contente pas de voiler: il supplée, corrige et rembourre au besoin. Rien n'est nouveau sous le soleil, ni même sous la lune, et le coton n'avait pas attendu la création de notre Académie nationale de musique et la divine aventure de Cléo de Mérode, pour jouer dans les ballets et la figuration le rôle que l'on sait.

«A quoy pour suppleer, telles dames sont coustumières de s'ayder de petits coissins bien mollets et delicats à soustenir le coup et engarder de la mascheure; ainsy que j'ai ouy parler d'aucunes, qui s'en sont aydees souvent, voire des callesons gentiment rembourrez et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venans à toucher, n'y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c'est leur embonpoint naturel: car, par-dessus ce satin, il y avoit des petits callesons de toille volante et blanche; si bien que l'amant donnant le coup en robbe, s'en alloit de sa dame si content et satisfait, qu'il la tenoit pour très bonne robe[34]».

Cela faisait, si je ne m'abuse, deux caleçons au lieu d'un et ce «coup en robbe» induit non moins à supposer qu'ils étaient ouverts l'un et l'autre.

Quelques-unes, pourtant, avaient déjà la fâcheuse habitude de les porter fermés, et, non plus une petite amie, mais le Balafré, suivant M. Lalanne, de déchirer de sa main brutale, dans une embrasure de fenêtre, cette malencontreuse lingerie:

«L'autre frère, sans cérémonie d'honneur ny de parole, prit la dame à un coing de fenestre, et, luy ayant tout d'un coup escerté ses calleçons qui estoyent bridez, car il estoit bien fort, luy fit sentir qu'il n'aimoyt point à l'espagnole, par les yeux, ny par les gestes du visage, mais par le vrai et propre point et effet qu'un vray amant doit souhaitter; et ayant achevé son prix fait s'en part de la chambre[35]».

Ouverts ou fermés? grave question dont la solution était déjà soumise, comme on voit, au gré et à la fantaisie de chacune. Il est de petits plaisirs passagers auxquels il n'est pas bon d'opposer, si illusoire soit-il, l'obstacle d'une toile d'or ou d'argent. Celles que ne tentent pas l'imprévu furent toujours l'exception: elles seules les portaient «bridez» et le conteur prenait soin de le noter.

Comme Béroalde, comme Taboureau, comme Estienne, Brantôme signale la nouveauté de cette mode. Vingt-cinq ou trente ans plus tôt, on n'en portait pas encore. C'était le cas des filles de Catherine de Médicis, qui, au début du règne, ignoraient ce travesti sous la jupe et la reine de prendre à leur endroit, ou mieux à leur envers, des privautés auxquelles l'éducation anglaise et quelques vieux messieurs sont seuls restés fidèles:

«Aucunes fois sans les despouiller, les faisoit trousser en robe, car pour lors elles ne portoyent point de calsons, et les claquetoit et fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu'elles lui donnoyent ou pour les faire rire, ou pour plorer[36]».

Ces dames n'avaient point attendu que Colombine eût prêché, dans le Gil Blas, l'Évangile des dessous, pour les simplifier quand il leur plaisait, et pour supprimer, l'été, le pantalon, pour éviter le surcroît de chaleur qu'il leur apportait. Brantôme exulte à cette vision de nymphes demi-nues et en véritable amant de la femme, semble, attacher, cette fois, plus de prix aux somptuosités de leur corps qu'à celles de leur lingerie.