Les étoiles peuvent y tenir—la dignité de leur Art (également avec une majuscule) l'exige, paraît-il. On n'en saurait dire autant des yeux. C'est banal et vieillot: on songe à de vieilles lithographies, la Taglioni et Fanny Essler; on se sent contemporain de gens très éloignés, on cherche la loge infernale et les élégances désuètes de la rue Le Peletier, pour ne contempler que les épaules d'Israël et que les diamants de Juda.
Ah! préférables combien, ayant supprimé ces garnitures de côtelettes ou de manches à gigot, les costumes de caractère des ballets modernes et le corps de ballet de l'ancien Eden donc! avec ses pantalons blancs et fanfreluchés et la ligne presque géométrique des bas noirs, cette innovation qui fit fureur et ne dura pas.
L'Art et la Pudeur, avec un non moins grand P, sont d'ailleurs des facteurs bien amusants et semble-t-il, souvent opposés. Ce sont les suprêmes arguments qu'emploient ces demoiselles, quand elles éprouvent l'irrésistible besoin de ne pas jouer un rôle, auquel se joint le non moins légitime désir de ne pas payer le dédit stipulé.
L'affaire vient devant les tribunaux et nos doux juges, s'ils ne s'embêtent pas, doivent être parfois bien perplexes.
Une ancienne pensionnaire des frères Isola, Mlle Sercy, menacée dans son maillot et dans son tutu, plaida ainsi contre ses directeurs et obtint gain de cause, faisant proclamer par la justice le droit d'un premier sujet du chant à ces accessoires.
Côté Art.
Par contre, une danseuse engagée au théâtre du Havre pour interpréter le rôle de Phryné ne s'avisa-t-elle pas, de rompre son engagement, parce que son directeur trop exigeant avait voulu lui faire troquer son pantalon contre un maillot?
Côté Pudeur.
Évidemment, on est un peu comme le père Hugo et l'on ne voit guère Phryné en pantalon: mais si la dignité d'un premier sujet du chant réclamait la batiste de ces fourreaux flottants, alors que celle d'une étoile de la danse exigeait la soie d'un maillot et la mousseline d'un tutu?
Et l'on plaida.