«J'ai eu aujourd'hui la visite de papa. Cela m'a rendu de belle humeur. Il y a si longtemps qu'il n'était venu. Il avait ses poches pleines de bonbons et de chocolats qui vont faire notre bonheur, à Eve surtout, pendant au moins... quarante-huit heures. A un moment il m'a demandé avec tendresse, en me prenant sur ses genoux, si je ne manquais de rien, ne désirais aucune autre chose... Aussitôt, je lui répondis, car je l'aurais oublié:

—Oh! si mon petit père, je voudrais bien que tu m'envoies des pantalons fermés.

—???

—Oui, papa chéri, ai-je continué, parce que quand nous jouons avec mes petites camarades, dans le jardin ou en promenade, à faire des dessins sur le sol ou autres amusements, groupées en rond, elles montrent toutes leur «petit Jésus» sans rougir, se regardent et se jettent du sable dessus. N'est-ce pas que c'est sale? Et puis encore lorsqu'elles vont au petit endroit, toujours par deux ou trois, elles s'alignent le long d'un mur ou d'une haie, les jupes relevées, et c'est à celles qui enverront le jet d'eau le plus loin[504]...

«En me couvrant de baisers, il m'a promis de m'envoyer six pantalons hermétiquement clos.»[505]

Dans le peuple et à la campagne, où elles sont seules à en porter, les gamines ignorent la gêne du pantalon fermé, et c'en est une fameuse, me suis-je laissé dire, par d'aimables femmes, qui, moins heureuses, y avaient été longtemps assujetties.

Incommode jusqu'à quinze ou seize ans, le pantalon fermé, dont elles ont conservé le plus désagréable souvenir, n'est pas tolérable pour une femme. Le rendez-vous hâtif, la folie qu'il ne faut pas contenir des mains qui s'égarent, l'occasion, la mousse des bois ou la profondeur des divans, la femme ne saurait les porter ainsi. Puis, comme disait une autre, non sans sourire, avant que de fausser compagnie à son cavalier, à la lisière d'un petit bois, où, preste, elle disparut: «la nature a certains besoins, n'est-ce pas?»

Délicieuse enfant, elle tenait le milieu, peut-être plus juste que sage, entre le libre parler de Mmes de Choisy et de Cavoye[506] et la coupable pruderie de certaines jeunes femmes, qui préfèrent souffrir et risquer la gêne et l'ennui d'«un accident», plutôt que de confesser une de ces faiblesses dont l'amante la plus irréprochable n'est pas exempte.

Et quel ennui d'avoir à relever ses jupes on ne sait jusqu'où—quand elles étaient entravées, c'était même quasi-impossible—pour aller chercher les boutons du pantalon et avoir à le baisser ensuite! C'était là un terrible embarras, sinon un danger: la femme peut être «pressée» et il y en a qui attendent toujours la catastrophe imminente pour se décider à obéir aux lois de la nature.