Une indiscrétion me fit connaître l'embarras d'une Pierrette qui, à un bal travesti, avait cru devoir revêtir sous ses jupes courtes un pantalon fermé et avait eu l'imprudence de le mettre sous le corset: il fut terrible. La pauvre femme dansa pour oublier. Put-elle ne pas s'oublier?
Et ce fut la mode des corsets longs et des jupes collantes, quand elles n'étaient pas entravées. Le pantalon reprit d'autant plus la place que lui assignait Bertall que souvent, le plus souvent même, il tint lieu de jupon. Mais, monté sur biais, n'ayant plus de ceinture, «les fentes de côté, les boutons, les boutonnières sont supprimés»[515], le pantalon n'en restait pas moins ouvert.
La femme, parfois forcée de s'y reprendre à plusieurs reprises, avait déjà assez de peine, à relever sa jupe, quand il était nécessaire, pour ne pas affronter la gymnastique qu'exigerait dans ces conditions, un pantalon fermé pour le baisser et pour le remonter.
Elle n'est pas un athlète complet; nous ne songeons guère à le lui demander, puis, aurions-nous, nous-mêmes, la force et la fougue désirables pour «essarter», en un coin de fenêtre ou ailleurs, ses culottes, si, comme la Môme Picrate, elle avait le mauvais goût de les porter fermées?
«Mais à peine dans la chambre, il s'anime, et miraculeusement rajeuni, fond sur la danseuse, l'enlace, la culbute:
—«Môme adorée!
—«Tiens! y a qu'une minute, t'étais pas si pressé. Mon pantalon? Attends. Attends donc! Tu vas l'dachirer, et on me voira ma nature»[516].
Le pantalon est donc forcément ouvert et nul, au surplus, ne se fait illusion.
L'Intermédiaire, toujours curieux, s'est demandé si la vertu avait quelque chose à gagner à la vogue du pantalon et, très sagement, a conclu à la négative:
«Est-ce un retour à la vertu? Je voudrais le croire, mais j'en doute, et notre questionneur me paraît bien ignorant de la forme de ces pantalons, s'il croit qu'ils apportent le moindre obstacle aux surprises des sens; les porteuses y ont mis bon ordre, car (comme disait à cette occasion certaine grande dame) on ne sait pas ce qui peut arriver»[517].