Ou plutôt, on le sait très bien et on ne veut pas qu'une barrière, si légère soit-elle, se puisse opposer à cette déesse fantasque qu'il faut toujours saisir par où l'on peut: l'occasion.

A la devanture des lingères et des blanchisseuses de fin, ce sont, accueillants et rieurs, les «pantalons de femme en faisceaux légers, demi-transparents, si drôles avec leur longue, longue fente qui n'en finit plus»[518].

A la sortie du lycée, des potaches déjà grands regardent et songent au lendemain, cependant que des hommes, dont les cheveux grisonnent, évoquent, mélancoliques, le passé.

Il en était de même, il y a cinquante ans. A part un dessin marquant les débuts—ou plutôt le retour—des pantalons ouvrant sur les côtés par de petites fentes latérales, la Mode Illustrée ne donne pas, de 1860 à 1863, un seul modèle de pantalon fermé.

Ils étaient même terriblement ouverts, comme ceux que portaient sous leurs jupons courts les «jeunes bergères d'Arcadie» de la «Brasserie du Divorce»[519], comme ceux de la petite Augusta[520], de la grande Virginie[521], lors de la fessée classique de l'Assommoir ou comme celui de Nana, avec le naturalisme qui sembla à l'époque constituer une audace sans nom, de la chemise qu'en laissait, par derrière, échapper la fente: «par derrière, son pantalon laissait passer encore un bout de sa chemise»[522].

Ah! oui, le pan, ce «fameux pan», si difficile—impossible même, confessèrent quelques-unes—à éviter, qui semble, pour beaucoup une conséquence forcée de l'ouverture du pantalon. Amusant parfois, amusant et impertinent, quand il se montre à peine pour être aussitôt rentré d'un geste familier, il est le plus souvent ridicule et gâte facilement un ensemble qui, sans lui, serait charmant.

Il est lié de très près, ce pan, à l'iconographie de la femme en pantalon et les caricaturistes en ont volontiers abusé.

Elles font bien ce qu'elles peuvent, les pauvres, pour tâcher de le retenir, mais peu y parviennent. On a beau ramener et croiser la chemise entre les cuisses, croiser par derrière, comme le préconise Mme Schultz, les bords de la fente, au besoin, si la chemise est garnie, en fixer la dentelle, au risque de la déchirer, à l'agrafe du corset, il n'y a pas moyen de retenir le fugitif. Ou c'est, chez de très rares, la traîtresse épingle anglaise: mais elle est dangereuse et gênante.

Cela tient, à peu près, quand on vient de s'habiller: aussitôt qu'on a marché, descendu ou monté un escalier, c'en est fait de cette harmonie si péniblement obtenue. La chemise commence par pointer, puis ne tarde pas à pendre en plein.