Le bout d'chemis' qui vous pend;
Qu'on n' dis' pas qu' les patriotes
Ont arboré l' drapeau blanc[523].
Les «duchesses les plus délicates et les plus charmantes femmes du monde»[524] chantonnèrent ces méchants vers et en rirent aux larmes. Si misérable fut-elle, au moins elles avaient une excuse: ne portant pas de pantalons, elles n'avaient point à craindre semblable accident.
Que la fente soit ou ne soit pas close et que la chemise apparaisse plus ou moins, les heures sont courtes et passagères qui permettent de répondre à une grande fillette que sa mère veut empêcher de faire des «tourniboiles» sur l'herbe, comme les garçons:
—Mais maman, on ne verra rien, j'ai un pantalon fermé[525].
Laissez quelques rares jeunes femmes s'entêter à les porter ainsi, prétendant, la bouche pincée, que «c'est plus intime», qu'«on est mieux chez soi» et soyez convaincues qu'elles sont l'exception, l'exception, ajouterait la sagesse des nations, qui confirme les règles. Toutes les autres, effrayées par la gêne du pantalon fermé, les portent ouverts. Celles même qui, à la scène, se voient forcées, dans certains rôles, d'affronter l'ennui du pantalon officiel, s'empressent, à la ville, de le troquer contre son frère plus conforme aux lois de la nature. D'où cette anecdote dont Louise Balthy fut l'héroïne et que Jean Lorrain contait dans l'Echo de Paris, avec tout son esprit.
Dans un salon du faubourg Saint-Germain, malgré l'insistance de tous, elle refusait «de dire la fameuse ronde du Moulino de la Galettas, cette cachucha chantée où l'artiste se révéla si impayable; à quoi la chanteuse, requise tout à trac:
—Mon pas espagnol, ici, impossible, mon p'tit; j' n'ai pas de pantalon fermé[526].
Qu'un trop timide amoureux ne s'effraie donc pas trop si, sous les jupes de l'aimée, ses mains viennent à rencontrer, ce qu'il devait prévoir, la batiste tiède d'un pantalon et surtout qu'il n'ait pas une exclamation de désappointement et de mauvaise humeur. C'est là un passage et non un obstacle, et toutes les femmes n'ont pas pour tant d'innocence, la suprême indulgence de Marguerite: