La vogue de la combinaison fut grande et immédiate. Elle sévit jusque dans les pensionnats de jeunes filles; en Angleterre, paraît-il, les jeunes filles qui en portaient auraient seules été longtemps dispensées d'avoir à baisser leur pantalon pour recevoir la vieille cinglade britannique.
Si la combinaison sévit encore, je veux croire, en ces temps d'entente cordiale, que la cinglade, malgré son antiquité, a cessé de sévir, si elle a jamais sévi autrement que dans l'imagination d'Hector France, qui fut un fantaisiste aimable, et des collaborateurs anonymes dont le pseudonyme de Jean de Villiot couvrait le... fonds social.
En France, la combinaison ne fut pas cependant sans rencontrer, tout d'abord, des résistances analogues à celles qu'avait rencontrées le pantalon lui-même.
Toutefois, elles durèrent moins longtemps.
En 1885, dans son Art de la Toilette, Violette croyait pouvoir porter contre elle un jugement sans appel:
«Je n'ai point voulu parler de cette sorte de maillot de batiste qui réunit en une seule pièce la chemise et le pantalon, sous prétexte de ne point grossir la taille sous le corset. On a tenté cela; mais échoué dans le quart de monde, ce ballon mort-né, frappé à l'avance d'une piqûre fatale, n'a pu s'élever dans les sphères d'une élégance plus pure: cela manquait à la fois de grâce et de chasteté»[537].
Il est peu de jugements qui ne soient sujets à révision. Je ne sais si la combinaison argua d'un «fait nouveau» pour faire casser l'arrêt de Violette, mais il semble, sans avoir eu à subir les conclusions de Maître Labori, avoir eu devant la cour suprême que composent nos contemporaines, tous les honneurs de la cassation.
La Parisienne a fait, il est vrai, une concession aux chers usages auxquels nous devons les gestes jolis et classiques de la femme qui se déshabille. Le plus souvent, elle n'a pas sacrifié la chemise à la mode nouvelle: la combinaison, portée sur le corset, tient lieu de cache-corset et de pantalon, ou de cache-corset et de jupon. Dans ce dernier cas, on l'a affublée d'un nouveau nom: c'est la combinaison-marquise.
Les catalogues des magasins de nouveautés et les étalages des lingères suffiraient, s'il en était besoin, à marquer la place qu'a prise en France, depuis trente ans, la combinaison. La concurrence de la «petite culotte Louis XV»[538] et du «pantalon-cuirasse», dont Mme Claire de Chancenay vantait, en 1891, les avantages aux lectrices du Figaro[539], n'ont rien pu contre sa vogue chaque jour grandissante. Les journaux de modes, comme les femmes, se sont prononcés pour la combinaison et il n'est jusqu'à la Mode pratique qui n'en ait célébré les bienfaits.
Dans un article trop long pour être reproduit, Mme de Broutelles va jusqu'à faire ressortir l'économie de blanchissage que représente la combinaison[540]. Le linge sale demande à être lavé en famille; préférons-lui, plutôt, ces indiscrétions assez amusantes touchant les Américaines et leur manière de porter la chemise... quand elles en portent: