Toutefois, malgré sa verve «capriolante», elle dansait, paraît-il, avec une décence telle que jamais, à l'époque de ses débuts tout au moins, elle ne laissait apercevoir sa jambe au-dessus du genou.

Une question se serait même posée, à ce sujet, parmi les habitués de l'Opéra:

—«Camargo porte-t-elle un caleçon?... Des paris furent engagés sur cette énigme, jusqu'au jour où l'héroïne interrogée sur ce point délicat, répondit:—Vous imaginez-vous qu'une fille de qualité ose se produire sur la scène sans cette précaution?»[101]

Casanova, toujours si véridique, qui vit danser Camargo vieillie, se montre, cependant, moins affirmatif ou plutôt affirme, par ouï-dire, qu'elle négligeait, comme ses camarades, cette précaution:

«Immédiatement après, je vois une danseuse qui, comme une furie, parcourt l'espace en faisant des entre-chats, à droite, à gauche, dans tous les sens, mais s'élevant peu et cependant applaudie avec une sorte de fureur.

—C'est, me dit Patru, la fameuse Camargo. Je te félicite mon ami, d'être arrivé à Paris assez à temps pour la voir, car elle a accompli son douzième lustre.

«J'avouai que sa danse était merveilleuse.

—C'est, ajouta mon ami, la première danseuse qui ait osé sauter sur notre théâtre; car avant elle les danseuses ne sautaient pas; et ce qu'il y a d'admirable, c'est qu'elle ne porte point de caleçon.

—Pardon; j'ai vu...