Ah! Parisiennes, qui, sous le voile de la Croix-Rouge, avez su faire succéder du jour au lendemain, à ces frivolités votre inlassable dévouement et l'inépuisable trésor de vos soins, qui dira jamais votre grâce et votre cœur?
Ne nous émotionnons pas, cependant, et revenons aux contemporaines de Thérésia Cabarrus, de Mlle Lange et de la belle Madame Hamelin. L'honnête citoyen Mercier continuera à être notre guide:
«On distingue celles qui ont mis des bagues aux doigts de leurs pieds, celles qui portent un vêtement étroit, couleur de chair, et si étroit, «qu'on peut gager qu'il n'y a pas de chemise sur la peau»[131].
Les Américaines n'ont donc rien innové en supprimant la chemise sous la combinaison. Quant à ce vêtement si étroit, il n'est autre que le pantalon.
Cette façon nouvelle de s'habiller comportait en effet, cet accessoire nouveau. C'était très joli aux femmes de montrer leurs cuisses sous la jupe fendue, mais, elles étaient un peu comme Pauline Borghèse: si le nu ne les gênait pas, le froid les eût incommodées.
Le pantalon était le corollaire nécessaire du costume à la grecque. Ce fut sa rentrée en scène effective.
Mercier ne se borne pas à signaler la chose, il crée le mot:
«Quel bruit se fait entendre? Quelle est cette femme que les applaudissements précèdent. Approchons, voyons. La foule se presse autour d'elle. Est-elle nue? je doute. Approchons de plus près; ceci mérite mes crayons; je vois: son léger pantalon, comparable à la fameuse culotte de peau de Mgr le comte d'Artois, que quatre grands laquais soulevaient en l'air pour le faire tomber dans le vêtement, de manière qu'il ne formât aucun pli; lequel, ainsi emboîté tout le jour, il fallait déculotter le soir, en le soulevant de la même manière et encore avec plus d'efforts; le pantalon féminin, dis-je, très serré quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa collure parfaite; il est garni d'espèces de brasselets. Le juste au corps est échancré savamment, et sous une gaze artistement peinte, palpitent les réservoirs de la maternité»[132].
Pardonnons à Mercier ces «réservoirs de la maternité», pour lui savoir gré seulement d'avoir substitué au vilain mot caleçon, cet autre, si joli et si moderne, aujourd'hui entré dans la langue, autant que dans les mœurs: le pantalon féminin.
Comme Brantôme et comme l'Espion anglais, Mercier en dit le charme: