En voiture ou à Frascati:
«De l'ancien Frascati vestale enamourée», le costume à la grecque pouvait être de mise, mais, il était imprudent de l'arborer, le dimanche, aux Champs-Élysées, parmi les bousculades et les liesses populaires.
Les fessées patriotiques et le supplice de Théroigne n'étaient pas si lointains, que ces dames du quatrième État aient sans esprit de retour renoncé à ces petits jeux.
Lisez plutôt le Supplément à la Quotidienne du 3 messidor 1797; c'est une scène de lavoir, digne au surplus de la muflerie des hommes et femmes, un dimanche d'été, dans le métro:
«Les hommes avaient commencé il y a quelques années à se parer d'une sorte d'habit moitié grec moitié polonais. Rien au monde n'était ridicule comme le manteau des Grecs sur des épaules parisiennes. Ce ridicule fut bientôt senti, et l'on ne vit plus errer ni dans nos carrefours ni dans nos halles ces nouveaux Achilles, ces Agamemnons, ces Orestes qui paraissaient plutôt des échappés de théâtre que des citoyens français.
«Nos dames sont saisies d'une manie semblable, mais il faut avouer que le costume antique leur sied beaucoup mieux. Dans les théâtres, les bals et les jardins particuliers cette nouveauté attire l'attention des curieux, ce qui flatte l'amour-propre des jolies femmes, mais ce diable de peuple est monté sur un autre ton, il est né moqueur, et puis il éprouve je ne sais quel malin plaisir à se dédommager par ses sarcasmes énergiques des avantages qu'il ne partage point avec la classe opulente.
«Dimanche dernier, deux femmes très jolies, très bien faites et parées à la grecque arrivent aux Champs-Élysées dans un léger phaéton. Elles n'avaient point de cavaliers, mais elles conduisaient un enfant pour la décence, et cet enfant était l'Amour lui-même, il ne lui manquait que des ailes.
«Descendues de leur char triomphal elles entrent dans ces allées où, tout autre jour elles n'eussent entendu que les madrigaux et les soupirs de leurs admirateurs; mais c'était un dimanche et les imprudentes avaient oublié que ce jour-là est, parmi nous, celui des saturnales.
«Elles entrent donc au milieu de la satyrique cohue. A l'instant des cris, des brouhahas, des éclats de rire se font entendre de toutes parts.Regardez donc cette robe transparente.—A-t-elle un pantalon ou n'en a-t-elle pas?—Regardez-y, messieurs, regardez-y. C'est à vous de juger cette affaire.
«La foule augmente, on se pousse, on se presse autour d'elles. C'est à qui les verra, les uns grimpent sur les épaules de leurs voisins, les autres se glissent entre leurs jambes...