Nous offrons cet intéressant récit aux amis de la patrie et de leurs concitoyens, avec l’espoir, disons mieux, avec la certitude que la lecture qu’ils en feront leur fera goûter le plaisir le plus pur. Rarement avons-nous rencontré quelque chose de plus attrayant. L’éloquence simple et virile qui le caractérise ravit l’attention du lecteur. Les faits que l’auteur rapporte sur les régions les plus reculées de l’Occident, les mœurs et les usages des tribus indiennes qui errent dans l’immense territoire de l’Orégon, leur état et leurs dispositions actuelles, leurs vues pour l’avenir, sont des sujets qui ne peuvent manquer d’inspirer de l’intérêt à quiconque aime de porter ses regards au delà de l’étroit horizon des scènes journalières, et d’apprendre ce que les pieux serviteurs de Dieu font pour sa gloire et son nom dans les contrées les plus lointaines. Nous avons eu un entretien avec l’homme apostolique de la plume duquel nous tenons ces récits; et en l’écoutant, nous avons éprouvé tout à la fois le sentiment d’un noble orgueil et d’une joie pure, dans la pensée qu’il nous retraçait en sa personne ce généreux esprit de dévouement et ces scènes animées de la vie et des aventures indiennes, si admirables dans les pages des Charlevoix et des Bancroft.

Notre pays est réellement plein d’intérêt pour ceux qui suivent la marche de ses progrès et qui les comparent avec le passé. Qui aurait jamais songé, par exemple, que l’Iroquois, le sauvage Mohawk (nom sous lequel nous connaissons mieux cette peuplade), lui dont les hurlements terribles ont tant de fois fait tressaillir d’effroi nos ancêtres, que ce même Iroquois eût été choisi pour allumer le premier les faibles étincelles de la civilisation et du christianisme parmi une grande partie des tribus indiennes d’au delà des Montagnes Rocheuses? Plusieurs de ces peuplades ont actuellement soif des eaux salutaires de la vie; elles aspirent après le jour où la vénérable Robe-noire paraîtra au milieu d’elles; elles envoient même à des milliers de lieues de distance des messagers pour en hâter l’arrivée. Une telle ardeur pour la sainte vérité, tout en faisant honte à notre froide piété, devrait enflammer nos cœurs et nous porter à souhaiter du moins qu’il y ait des ouvriers suffisants pour cette vigne immense. Elle devrait nous ouvrir à tous la main pour aider les hommes pieux qui, après avoir abandonné famille, amis, patrie, vont s’ensevelir dans les déserts avec leurs chers Indiens, afin de vivre pour eux et avec Dieu.

L’un de leurs plans favoris en ce moment est d’introduire parmi les Indiens le goût de l’agriculture avec les moyens de s’y livrer. Ils sont d’avis que c’est le plus prompt moyen, peut-être le seul, de les arracher à la vie errante qu’ils mènent encore généralement à présent et aux habitudes d’oisiveté qu’elle engendre. Les aider dans ce philanthropique dessein est pour nous un devoir sacré, en notre qualité d’hommes, d’Américains, de chrétiens. C’est là au moins l’un des moyens en notre pouvoir d’expier les torts sans nombre que les blancs ont faits à cette race infortunée. Que personne ne laisse donc échapper cette belle occasion de faire le bien et de donner ainsi un gage de son amour pour Dieu, pour sa patrie et pour ses semblables.

VOYAGES
AUX
MONTAGNES ROCHEUSES

PREMIER VOYAGE
du 27 mars au 31 décembre 1840.

RELATION

ADRESSÉE A M. LE CHANOINE DE LA CROIX, A GAND

Université de Saint-Louis, 4 février 1841.

Vous vous attendez sans doute à des détails intéressants sur mon long, très-long voyage de Saint-Louis jusqu’au delà des Montagnes Rocheuses (Rocky Meuntains). J’ai mis soixante jours à traverser le fameux désert américain, et près de quatre mois à revenir sur mes pas par un nouveau et très-hasardeux chemin.

Envoyé par le T. R. évêque et par mon provincial pour nous assurer des dispositions des sauvages et des succès probables qu’on pourrait espérer en établissant une mission au milieu d’eux, je quittai Saint-Louis le 27 mars 1840, dans un bateau à vapeur, et je remontai le Missouri à une distance de 500 milles, pour me rendre aux frontières de l’Etat. Le navire où j’étais embarqué était (comme ils le sont tous dans ce pays où l’émigration et le commerce ont pris une si grande extension) encombré de marchandises et de passagers de tous les Etats de l’Union; je puis même dire de différentes nations de la terre, blancs, noirs, jaunes et rouges, avec les nuances de toutes ces couleurs. Le bateau ressemblait à une petite Babel flottante, à cause des différents langages et jargons qu’on y entendait. Ces passagers débarquent pour la plupart sur l’une et l’autre rive, pour y ouvrir des fermes, y construire des moulins, diriger des fabriques de toutes sortes d’espèces; ils augmentent de jour en jour le nombre des habitants des petites villes et des villages qui s’élèvent comme par enchantement sur les deux rives.