Sainte-Marie des Montagnes Rocheuses,
26 octobre 1841.

Cette lettre est la conséquence pratique de ce qui est contenu dans mes lettres antérieures; conséquence qui sera, j’en suis sûr, bien consolante pour toutes les personnes bien pensantes, et surtout pour celles qui, tout en s’intéressant beaucoup au progrès de notre sainte religion, veulent des faits bien prouvés avant d’asseoir leur jugement.

De tout ce que j’ai écrit sur ma mission, il me semble que nous pouvons conclure que la petite peuplade des Têtes-plates est un peuple d’élus; qu’il est facile d’en faire un peuple modèle, la semence d’une chrétienté qui ne le cède pas en ferveur à celle du Paraguay, et que nous avons, pour parvenir à un but si désirable, plus de facilité que n’en avaient nos Pères, et un concours de circonstances aussi heureux que nous puissions le souhaiter. Permettez-moi de les énumérer.

Eloignement des nations corrompues, aversion pour les sectes, horreur de l’idolâtrie, sympathie pour les blancs, pour les catholiques, particulièrement pour les Robes-noires, dont le nom seul, dans leur esprit, par suite de l’idée favorable que leur ont donné les Iroquois, est synonyme de bon, de savant, de catholique. De plus, position centrale, emplacement assez vaste pour plusieurs réductions, terrain fertile et environné de hautes montagnes et d’une large barrière de stérilité; indépendante de toute autre autorité que de celle de Dieu et de ceux qui le représentent le plus immédiatement; point de tribut à payer que celui de leurs prières; expérience déjà sentie des avantages de la vie civilisée sur la vie sauvage; enfin conviction profonde et tout à la fois persuasion bien douce que, sans la religion qui leur est prêchée, on ne peut être heureux ni en cette vie ni en l’autre.

Tout cela supposé vrai (et personne de nous n’en doute), nous devons conclure ensuite: que la meilleure fin que nous puissions nous proposer est celle que nos Pères ont eue en vue au Paraguay, et que les meilleurs moyens pour parvenir à cette fin sont ceux qu’ils ont employés; ces moyens et cette fin ayant été approuvés par les autorités les plus respectables, couronnés d’un succès éclatant, admirés même de nos ennemis.

Etant tous d’accord sur ce principe, il ne doit plus être question que de nous faire une idée nette de la fin que nos Pères du Paraguay se sont proposée, c’est-à-dire de l’espèce de culture qu’ils ont cru devoir donner à l’esprit et au cœur de leurs néophytes, et du degré de perfection où ils ont cru possible de les amener avec le temps. Après avoir fait une étude sérieuse de ce qui est rapporté dans la relation de Muratorie, il nous a semblé que l’on pouvait se tenir aux points suivants:

A l’égard de Dieu, foi simple, vive, ferme, éclairée pour tout ce qui est de nécessité de moyen et de précepte.

* Profond respect pour la seule vraie religion et pour tout ce qui s’y rapporte.

* Piété tendre et respectueuse envers la sainte Vierge et les autres saints.

* Esprit de prosélytisme et * courage des martyrs.