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Arikaras. Chawanous. Chippeways. Cœurs-d’alène. Corbeaux. Grees. Iroquois. Kootenays. Nez-percés. |
Payots. Pends-d’oreilles. Pieds-noirs. Ranax. Sauks. Serpents. Spokanes. Têtes-plates. Yoots. |
| Allemands. Américains des Etats-Unis. Belges. Canadiens. Français. Irlandais. Italiens. |
NEUVIÈME LETTRE
A UN PÈRE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Sainte-Marie des Montagnes-Rocheuses,
28 décembre 1841.
Je viens de terminer un petit voyage jusqu’au fort Corville, sur le fort Columble, à environ trois cent vingt milles de notre établissement.
Quoique la saison fût très-avancée, deux raisons me déterminèrent à partir: d’abord la nécessité; il nous fallait des provisions pour l’hiver, des semences pour le printemps, des outils pour les sauvages si bien disposés au travail, des bœufs, des vaches, enfin tout ce qu’exige le premier établissement d’une réduction. Le second motif était de visiter les Pends-d’oreilles ou Calispels, qui, pour la plupart, se tiennent pendant l’automne sur la Rivière-à-Clarck.
La veille de mon départ, je fis connaître mon projet aux Têtes-plates, et leur demandai quelques chevaux de charge et une escorte en cas de rencontre des Pieds-noirs. Ils m’amenèrent dix-sept chevaux et dix jeunes guerriers. Ces dix braves, dont plusieurs avaient été criblés de balles et de flèches dans différentes escarmouches, m’ont montré, pendant tout le voyage, un dévouement, une docilité et une complaisance au-dessus de tout éloge, s’efforçant de deviner et de prévenir jusqu’à mes moindres besoins.
Nous nous mîmes en route dans l’après-dinée du 28 octobre, et fîmes environ quatre milles en descendant la vallée de la Racine-amère. Le premier jour nous ne rencontrâmes qu’un chasseur solitaire, chargé d’un gros chevreuil dont il nous offrit généreusement la moitié. Le lendemain, nous eûmes à supporter la neige qui tombait à gros flocons; chemin faisant nous prîmes un écureuil d’une nouvelle espèce; il avait la grandeur d’un rat ordinaire, les sourcils blancs, les oreilles rondes, le dos et la queue d’un gris obscur mêlé de rouge. Nous traversâmes un beau ruisseau, sans nom, le même que deux célèbres navigateurs, Lewis et Clarck, avaient remonté en 1805 pour se rendre dans le pays des Nez-percés ou Sapetans; je l’appelai le ruisseau de Saint-François de Borgia. Six milles plus bas nous arrivâmes à l’embouchure de la belle rivière de Saint-Ignace que nous traversâmes aussi. Elle entre dans la vallée de Sainte-Marie ou de la Racine-amère par un beau défilé appelé communément par les montagnards ou chasseurs canadiens, je ne sais trop pourquoi, la porte de l’enfer. Ces messieurs ont habituellement les mots de diable et d’enfer à la bouche, et je suis porté à croire qu’il ne faut pas chercher ailleurs la raison de ces sortes d’appellations qu’on rencontre si souvent dans le pays. Aussi j’ai examiné le Passage-du-diable, j’ai vogué sur la Course-de-Satan, je me suis trouvé entre les dents du Rateau de l’abîme infernal. Le Rateau et la Course, sur le Missouri, méritent réellement un nom qui exprime l’horreur, car l’un et l’autre sont des écueils très-dangereux. Le lit du premier est une forêt entière d’arbres et de chicots engloutis, qui ont leurs racines dans la vase, et contre lesquels les flots poussés par un courant impétueux, font un fracas épouvantable; le second, outre les mêmes difficultés, a de plus une pente si rapide que le plus habile pilote ne l’aborde qu’en tremblant. Deux fois le brave Iroquois qui conduisait mon canot, lors de mon passage en cet endroit dangereux, s’écria: «Père, nous sommes perdus.» Et moi: «Courage, Jean, confiance en Dieu; et nous sortîmes, sinon sans peur, du moins sans accident.
Le soir du second jour, nous dressâmes notre loge sur le bord d’un petit ruisseau, au pied de la montagne que nous avions à traverser le lendemain. Trois familles de la tribu de Stiet-Shoi ou Cœur-d’alène s’y joignirent à nous, pour faire ensemble une partie du voyage. J’eus le loisir de les entretenir longtemps sur des matières religieuses, et leur trouvai un caractère doux, poli, affable, et les meilleures dispositions pour la doctrine évangélique; avant de me quitter, ils me prièrent avec instance de venir instruire leur peuplade. Pendant la prière du soir, trois Kalispels arrivèrent au même endroit, et s’arrêtèrent tout court à la distance d’une centaine de pas, pour ne pas nous troubler dans nos exercices de piété. Un de nos chasseurs nous apporta un beau chevreuil, un autre deux faisans; ces derniers sont très-nombreux ici, et se laissent souvent tuer à coups de pierres; leur chair est blanche et très-délicate.
La vallée de Sainte-Marie a une étendue de cent cinquante à deux cents milles en longueur, sur quatre à sept milles de large; elle est bornée des deux côtés par des amas de rochers entassés les uns sur les autres à une hauteur considérable, presque inaccessible à cause des débris qui en encombrent le pied, et couverts en plusieurs endroits d’une légère couche de terre d’où s’élèvent jusqu’aux nues d’épaisses forêts de pins. Ces forêts sont peuplées de toutes sortes d’animaux, particulièrement de chevreuils, de biches, de grosses-cornes, de moutons d’une laine blanche comme la neige et fine comme la soie, d’ours et de loups de toute espèce, de panthères, de tigres, de chats-tigres et de chats sauvages, de carcajoux, animal à pattes courtes, long d’environ quatre pieds et d’une force extraordinaire; lorsqu’il a tué sa proie, chevreuil, cabri on grosse-corne, il enlève une partie de la peau assez spacieuse pour y passer la tête en forme de capuchon, et l’entraîne ainsi tout entière à son antre. On y trouve aussi le siffleur, espèce de marmotte, et l’original, qu’on ne parvient guère à tuer; il est si vigilant, qu’au moindre bruit, par exemple, d’une branche qui se rompt, il cesse de manger, regarde de tous côtés avec inquiétude, et ne recommence à paître que long-*temps après.