— C’est trop beau ! disait Mme Mireille oppressée, dont les larmes mouillaient les magnifiques yeux d’ombre, Tu verras, il nous arrivera sûrement quelque chose…
M. Adolphe l’embrassait. Il la morigénait. Il lui faisait lire, sur un calepin soigneusement tenu à jour, le chiffre de leur dépôt à la banque et la liste des valeurs qu’ils avaient achetées.
Mme Mireille souriait entre ses larmes et son mari songeait avec orgueil que lui, Rabier, quatrième du nom, avait su, en quelques mois, augmenter d’un quart le bien paternel.
— La belle vie ! disait-il, la belle vie !… Et ça ne fait que commencer !…
Car, grâce à Dieu, on ne parlait plus de guerre courte ! Grâce à Dieu, de longs mois, peut-être de longues années étaient accordés aux hommes et aux femmes de bonne volonté pour qu’il leur fût permis de prospérer dans l’état qu’ils avaient choisi ou qu’ils tenaient de leurs parents.
V
— Il nous arrivera sûrement quelque chose, répétait Mme Mireille.
Elle n’était que trop bonne prophétesse.
Il arriva ceci : invité, au début de 1915, par la voie administrative, à passer une visite de récupération, M. Adolphe dut à son physique avantageux, à l’harmonie parfaite de son corps, à ses muscles bien dessinés sous la peau la plus saine qui fût, d’être déclaré bon pour le service armé.
Dix jours plus tard, il partait pour un camp d’où, après six semaines d’instruction, on l’envoyait à la Riflette.