Il n’y resta pas longtemps : quatre mois à peine après avoir laissé son foyer, il y rentrait libre de tout engagement envers l’Armée et la Patrie.
Car la guerre, qui élit partout ses victimes, qui ne demande pas aux hommes des certificats de bonnes vie et mœurs pour en faire des héros, ayant pris les deux yeux du soldat Rabier, le rejetait…
Mme Mireille qui, plusieurs fois depuis la blessure de son mari, avait réussi à s’échapper, pour se rendre auprès de lui à l’hôpital, l’alla chercher le jour qu’on le restitua à la vie civile.
A la gare, ils prirent une voiture. Mais la rue des Trois-Raisins étant trop étroite, tortueuse et mal pavée pour qu’un fiacre s’y puisse engager, ils descendirent du leur au coin de la rue du Saint-Esprit.
Malgré la douleur qui l’étreignait, Mme Mireille éprouvait de l’orgueil à guider vers la Maison, sous les regards admiratifs et compatissants des portiers des établissements voisins, les pas de ce beau soldat, vêtu de bleu déteint, coiffé du bonnet de police et qui portait sur sa capote la Médaille Miliaire et la Croix de Guerre.
— Ce qu’elles te visent ! avait-elle murmuré.
Alors, M. Adolphe s’étant assuré du doigt que la petite spirale de sa moustache cosmétiquée était bien collée à sa lèvre, redressa sa taille, tendit le jarret, et défila tête haute, comme à la parade.
Toutes ces dames, à commencer par Mme Lucie et y compris Mme Bambou, l’embrassèrent en pleurant.
Lui, ne proféra pas une plainte, n’émit pas une parole de regret. Tâtant les murs, les tables, la caisse, les chaises, les banquettes, il se dirigeait avec une étonnante sûreté.
Les pensionnaires qui, déjà, étaient en tenue, avaient fardé leurs visages, mis fleurs artificielles et rubans dans leurs cheveux, — car l’heure du travail était proche, — le regardaient avec surprise aller, venir, essayer de reconnaître toutes choses.