Elles éprouvaient un grand respect, mêlé d’un certain malaise, pour ce colosse mutilé, silencieux, dont les mains étaient douées d’une vie, d’une intelligence qui paraissaient surnaturelles.
Il atteignit le piano, l’ouvrit et caressa l’ivoire qui chanta :
Viens avec moi pour fêter le Printemps,
Nous cueillerons des lilas et des roses.
On entendit un bruit de sanglot étouffé. C’était Mme Bambou qui ne pouvait maîtriser son émotion. Mme Mireille se tourna vers elle, lui fit signe de se retirer.
La négresse quitta ses mules, les prit en main, sortit de la pièce à pied de bas.
M. Adolphe abaissa le couvercle du piano, fit une conversion sur le tabouret, se leva et, mains en avant, traversa le salon.
Suivi de sa femme, qui veillait sur chacun de ses mouvements, mais se défendait de le toucher, de lui prêter assistance pour ne point l’humilier, il s’engagea dans l’escalier.
Il monta d’un pas ferme jusqu’au premier étage, s’arrêta un temps pour s’orienter, alla droit à la chambre conjugale. Il en ouvrit la porte et but longuement l’air avec une expression heureuse.
— La petite ? demanda-t-il.