Mme Mireille alla chercher l’enfant dans une étroite pièce, où, sous la surveillance d’une jeune bonne, elle jouait assise par terre.
M. Adolphe la saisit dans ses bras, la palpa, la caressa, l’embrassa. Mais elle poussa des cris si stridents, elle le frappa si violemment au visage qu’il la rendit à la mère en prononçant avec un sourire :
— En voilà une qui ne paraît pas avoir beaucoup de goût pour les militaires.
— Ça lui viendra toujours assez tôt, répondit Mme Mireille pour dire quelque chose.
Une surprise attendait M. Adolphe au salon où il redescendit.
Six messieurs de la ville, six messieurs qui occupaient des situations également importantes en des domaines différents, ayant appris par ces dames le jour et l’heure de son retour, avaient tenu à apporter au mutilé le tribut de leur admiration et de leur sympathie apitoyée.
Vêtus et cravatés de noir, ils étaient arrivés au 17, sur les pas l’un de l’autre, quelques minutes après que M. Adolphe était monté au premier étage, et avaient pris place en ligne sur les deux banquettes voisines de la porte donnant accès à l’escalier.
M. Adolphe parut, ils se levèrent. Mme Mireille leur sut gré d’une démarche qui lui confirmait en quelle considération était tenu celui dont elle portait le nom. Pour l’instruire de la présence de la délégation, elle murmura quelques mots à l’oreille de son mari.
A la pâleur subite de son visage, au tremblement de ses mains, elle comprit qu’il cédait à une émotion que, jusqu’alors, il avait réussi à dissimuler.
Mais il eut assez d’ascendant sur soi-même pour ne point la laisser voir aux notables qui le venaient visiter. Et c’est d’une voix ferme que, six fois de suite, il murmura : « Merci » en recevant la poignée de main que, déclinant son nom, sa qualité ou sa fonction, selon la mode depuis peu lancée par les militaires et que l’élément civil commençait d’adopter, chacun des visiteurs lui donna.