Mais Mme Mireille voulut que cette séparation nécessaire s’opérât de façon à laisser bon souvenir à ses anciennes amies qui, plus tard, ne le pourraient évoquer sans attendrissement.
Le soir du mariage (c’était le dernier qu’elles dussent passer dans la Maison), elle leur offrit un excellent dîner que M. Adolphe et elle-même présidaient et auquel assistaient plusieurs habitués, choisis parmi les plus distingués.
L’Armée, la Magistrature, le Barreau, les Lettres, les Arts, l’Administration et le Haut Enseignement y étaient représentés.
La porte blindée était close, la lanterne éteinte.
La table fleurie, chargée de cristaux et d’argenterie, avait été dressée dans le salon. Toutes les lampes étaient allumées.
Sous leurs serviettes, pliées en forme de bonnets d’évêque, les cinq pensionnaires trouvèrent un petit cadeau. Les larmes leur vinrent aux yeux. Elles se levèrent pour aller embrasser Mme Mireille qui pleurait en leur rendant leurs baisers.
On mangea solidement. On but bien et du meilleur. Au dessert, trois de ces dames qui, au cours de leur existence aventureuse, avaient fait quelques stages dans des cafés chantants, émurent l’assistance en détaillant des romances élégiaques.
Le représentant de la Magistrature imita le phoque à ravir, celui du Haut Enseignement souleva des acclamations en faisant, avec sa bouche, le bruit du rabot, de la scie et de la râpe à bois.
On applaudit longuement le Barreau en la vénérable personne d’un des avocats les plus justement estimés du département et qui exécuta la danse du ventre avec un talent si remarquable que nul ne s’offusqua de certains de ses mouvements, peut-être exagérément lascifs.
L’Armée brilla, comme de juste, dans des exercices de force et d’adresse.