Pour le salut d’une enfant qui, lorsque sa saison serait venue, ne devait pas connaître l’opprobre, ces puissances ordonnaient à sa mère d’accomplir la seule tâche rémunératrice qui lui fût familière. Elle n’avait qu’à se soumettre.
A se soumettre et à rassembler les souvenirs de son ancienne vie, afin de reprendre son état de jadis sans qu’il parût trop qu’elle ne l’avait point exercé depuis plusieurs années.
— Vous pouvez remonter, dit-elle à la négresse.
Quand elle fut seule avec l’Anglais, Mme Mireille s’assit. Elle lui coula un regard de ses yeux noirs et respira largement. L’air, en pénétrant dans ses narines dilatées, fit du bruit. Sa forte poitrine tendit le satin du corsage. L’homme loucha.
Répétant, à son insu, car elle n’avait pas une très grande lecture, une plaisanterie qu’elle avait entendu prononcer bien des fois par un des beaux esprits de la ville et qui figure dans les œuvres de jeunesse d’un membre de l’Académie française, elle demanda :
— Elles n’en ont pas en Angleterre ?
— Please ? s’informa l’officier.
Elle modifia l’expression de son sourire. Sans doute celui-ci fut-il de qualité, car l’Anglais posa un billet de cent francs sur la table.
Sans cesser de sourire, sans cesser d’imprimer un mouvement de houle à ses seins, Mme Mireille déplia lentement l’index et le majeur.
— Yes, dit l’Anglais, qui, fouillant dans la poche extérieure de sa vareuse, en tira un autre billet qu’il plaça à côté du premier.