Mme Mireille les prit et les glissa dans son corsage.
A ce moment, des pas résonnèrent dans l’escalier : M. Adolphe sortait de sa chambre. Mme Mireille mit un doigt sur ses lèvres. L’officier se raidit. Tous deux regardèrent la porte.
Bien rasé, bien peigné, la moustache soigneusement roulée, vêtu de son élégant costume de gabardine, décoré de ses deux croix et chaussé de ses belles bottes montantes, le héros parut. Ses mains cherchèrent les tables, glissèrent dessus, et bientôt, il était au piano qui commença de chanter.
— Je vais vous envoyer Mme Bambou, dit, à très haute voix, Mme Mireille, puis, s’adressant à son mari, elle ajouta :
— C’est l’Angliche d’hier soir. Il s’en ressent pour l’ébène. Je lui fais descendre la chose.
— Ça va, prononça placidement M. Adolphe en continuant de caresser le clavier.
Mme Mireille adressa à l’officier des signes d’intelligence qu’il ne comprit point et disparut. Mme Bambou arriva peu après.
Elle le prit par la main, le conduisit jusqu’à sa chambre où il trouva, prête à le satisfaire, la femme vers qui allaient ses convoitises et qui, pour la première fois depuis son mariage, refit, par devoir, professionnellement, c’est-à-dire sans amour, le geste de l’amour.
XII
Le capitaine William-George Ellis revint seul plusieurs fois rue des Trois-Raisins. Il éprouva, à chaque nouvelle visite, la même joie des sens à quoi s’ajoutait cette satisfaction que donne à l’homme sérieux, et qui sait la valeur des choses, l’impression qu’il en a pour son argent.