Mais, puisqu’elle se vendait — et très cher — à des indifférents, elle était innocente et ne trahissait point la foi jurée.
Mme Mireille avait même la certitude, tant sa conscience était en repos, tant elle croyait connaître l’âme d’Adolphe, qu’il raisonnerait comme elle si, écoutant la voix de l’orgueil qui, parfois, lui parlait ainsi qu’à toutes les créatures imparfaites que nous sommes, elle devenait un jour asses avide de louanges pour se vanter de sa nouvelle activité.
Mais elle espérait bien que cette voix se tairait longtemps et qu’il lui serait permis de continuer, sans en être infatuée, d’accroître, par son travail personnel, la richesse de la famille où Adolphe l’avait admise et envers qui elle savait toute l’étendue de ses devoirs.
XIII
Malgré la discrétion de Mme Bambou, ces dames n’avaient pu ignorer longtemps pourquoi, le lundi, le jeudi, le samedi, un officier de l’armée britannique franchissait le seuil de la Maison.
Mais, ayant deviné les raisons qui avaient déterminé Mme Mireille à reprendre du service actif, elles l’estimaient davantage.
Bien qu’elles eussent peut-être été fondées à lui reprocher de les avoir frustrées de clients riches et généreux, qui, sans doute, se fussent accordés avec trois d’entre elles si Madame ne les avait accueillis, jamais, ni par leurs paroles, ni par leur attitude, elles ne marquèrent de ressentiment.
Elles montraient tant de réserve, elles jouaient l’ignorance avec tant d’application, et, alors que d’autres, à leur place, eussent profité des circonstances pour se relâcher, elles continuaient de travailler avec tant de stricte gravité, que, parfois, Mme Mireille, qui, cependant, ne nourrissait aucune illusion, pouvait se demander si, vraiment, son secret était connu.
— Elles sont délicates et parfaites, disait-elle.
Et la façon dont son personnel se comportait avec elle la consolait, dans une certaine mesure, des nouveaux soucis qui, depuis quelques semaines, l’avaient assaillie.