II

La chambre conjugale était celle des parents, des grands-parents, des arrière-grands-parents de M. Adolphe.

C’est entre ses murs, dans son alcôve, que celui-ci était né, comme son père et son aïeul.

Un examen même superficiel du mobilier eût permis à l’historien de fixer, à quelques années près, l’époque où l’aisance avait commencé d’être l’hôtesse de la Maison.

Ce lit à bateau, cette table ronde en marbre gris noir, ces fauteuils et cette bergère, dont les bras étaient des cols de cygne sculptés dans l’acajou, cette pendule d’albâtre et de bronze doré, flanquée de vases de porcelaine décorés de fleurs peintes, étaient du plus pur style Restauration.

Meubles, bibelots, accessoires, constituaient un ensemble. Visiblement, ils avaient été achetés en une seule fois, quelque quinze ans après la fondation de l’établissement, au moment que, celui-ci reposant désormais sur des bases solides, ses propriétaires avaient estimé pouvoir s’accorder quelque confort personnel.

Le psychologue pénétrant dans cette pièce eût été renseigné sur le caractère de ceux qui s’y étaient succédé.

Malgré les caprices de la mode, malgré la frivole manie qui incite chaque génération à bannir les objets qui charmèrent la précédente, les Rabier avaient continué de vivre parmi ceux choisis par l’arrière-grand-père. Et cela attestait qu’en cet intérieur, se transmettait une vertu dont on peut affirmer qu’elle fait la force principale des familles provinciales françaises : le respect des aînés.

En franchissant le seuil du paisible asile où une nouvelle vie allait commencer pour lui, M. Adolphe entendit l’appel de sa race.

Il fut violemment, délicieusement ému, en y faisant entrer celle qu’il avait élue afin qu’elle fût la compagne de ses bons comme de ses mauvais jours, et, si Dieu l’accordait, la mère d’un Rabier qui, cinquième du nom, continuerait en cette vieille demeure la tradition des aïeux.