C’est avec une pieuse ferveur que les deux époux échangèrent leur premier baiser et nouèrent leurs corps en renouvelant les serments que, le matin, ils avaient prêtés d’abord à l’Hôtel de Ville, devant le représentant de la République Française, puis en l’Église Cathédrale, devant celui de Dieu sur la terre.

Le lendemain, faute de personnel, la Maison resta fermée. Le surlendemain, elle rouvrait son huis percé d’un judas grillagé. Les portières des établissements voisins pouvaient voir, assise dans le tambour, et tenant une broderie à la main, une gaillarde brune, un peu moustachue, aux fortes hanches, aux puissantes mamelles.

C’était Mme Lucie, cousine germaine de Mme Mireille, que celle-ci avait déterminée, pour devenir sa collaboratrice au 17, à quitter l’établissement de Toulon où elle travaillait encore l’avant-veille.

Robuste comme un gendarme, brave, inflexible, femme de tête par surcroît, elle excellerait à la fois dans l’appel, le guet et la défense.

Elle saurait décider le promeneur timide ou distrait à s’arrêter, elle flairerait de loin le client indésirable, l’évincerait de la voix et au besoin du poing et, s’il essayait de pousser la porte, la lui jetterait au visage.

Le train de l’après-midi amena les cinq pensionnaires, qu’après avoir soigneusement étudié leurs dossiers et examiné leurs photographies, Mme Mireille avait engagées par l’intermédiaire d’une agence de Lyon à laquelle, depuis plus de vingt ans, les Rabier s’adressaient pour les réassortiments et qui, toujours, leur avait donné pleine satisfaction.

Il suffit à M. Adolphe de traverser le salon où elles attendaient que sa femme vînt les recevoir pour discerner que Mme Mireille montrerait, dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, des aptitudes égales à celles qu’elle avait affirmées dans son métier de dame.

Cette constatation lui procura une joie bien vive. Car il savait, pour l’avoir maintes fois entendu dire à ces messieurs du Commerce, de l’Industrie et de la Banque, combien il est décevant de promouvoir des subalternes, même excellents, à des postes directoriaux. Tant d’entre eux s’y révèlent insuffisants, voire parfaitement inaptes.

Donc, Mme Mireille avait, du premier coup, choisi le personnel le plus qualifié pour attirer le visiteur, lui plaire, le retenir, l’inciter à de fréquents retours.