Si j’ajoute à cela que maints d’entre eux furent employés comme auxiliaires dans notre armée et qu’au cours de certaines opérations répressives contre l’Arabe ils se comportèrent moins comme des soldats que comme des comitadjis, sans doute comprendrez-vous que les Syriens nous sachent médiocrement gré d’avoir peuplé leur pays de cet élément qu’ils jugent indésirable et estimerez-vous que des massacres seront difficilement évités.

Oh ! certes, nous ne pouvions refuser l’accès de la Syrie à ces familles que le Turc eût exterminées. Mais nous aurions dû avoir, avec elles, une politique telle qu’au lieu de constituer une lourde charge pour le pays elles eussent participé à sa mise en valeur.

Ce n’était pas dans les villes, déjà surpeuplées, où sévissait une grave crise économique et où, par conséquent, la lutte était âpre entre commerçants qu’il fallait installer les Arméniens, mais dans les campagnes où manque la main-d’œuvre.

J’ai dit que ce peuple préfère au travail de la terre, le troc, le négoce, le change, la banque, le petit artisanat dans les villes, toutes formes d’activité qui lui procurent des gains plus rapides, plus considérables et plus de chances de réussir.

Mais, poussé par la nécessité, alléché par certains avantages qu’on lui eût accordés, il fût devenu cultivateur et pasteur. Comme la Palestine a profité du Sioniste, la Syrie eût profité de l’Arménien au lieu d’en souffrir.

Une fois, on songea bien à lui donner l’occasion d’être utile au pays où il recevait asile. Dans la région d’Alexandrette existent de vastes marais. On dit à certaines familles : « Asséchez ces marais. Le terrain que vous aurez ainsi aménagé vous appartiendra. Vous y pourrez élever votre maison. » Les immigrés se mirent à la besogne. Mais, peu après, l’arrêté qui leur accordait la propriété du sol gagné par eux sur le palus fut rapporté. Ils cessèrent le travail et allèrent retrouver leurs frères dans les cités.

Nous n’avons su avoir ni une politique des Arméniens, ni une politique des chèvres. Celles-ci (comme ceux-là, disent les arménophobes) constituent un véritable fléau pour le Liban. Jadis très riche d’admirables forêts, il fut entièrement dévasté, pendant la guerre, par les Turcs. Le reboiser est une nécessité impérieuse que ses indolents habitants reconnaissent eux-mêmes. Ils sont prêts à faire des sacrifices. Dans maints endroits, ils ont planté le pin et le chêne. Mais la chèvre, la charmante et capricieuse chèvre noire qui circule partout, sur les pentes rocheuses broute les jeunes pousses, ruine toutes les plantations.

Pour l’empêcher de continuer ses méfaits, Weygand délimita les pacages où elle pourrait être conduite. Il reçut tant de réclamations de la part des propriétaires de chèvres, qui, invoquant les principes wilsoniens, l’autorité de la Société des Nations, que sais-je encore ? protestèrent contre cette atteinte à la liberté individuelle, qu’il dut restituer ses privilèges à Amalthée.

Le Liban restera déboisé comme les environs d’Alexandrette resteront marécageux !…

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