Il n’y a pas lieu de discuter ici le Traité d’Angora au point de vue français. Mais au point de vue syrien ? Ne constituait-il pas, de notre part, un acte au moins hardi ?
Outre qu’il amputait la Syrie, mettait Alep et surtout Alexandrette[24] à proximité de la frontière turque, et collait exactement cette frontière au chemin de fer Mouslimié, Djerablous, Nissibin, ce qui, stratégiquement, présente un grave inconvénient, le traité d’Angora eut pour conséquence de faire entrer en Syrie, sous notre protection, des milliers de familles arméniennes qui fuyaient le pays où leurs ennemis revenaient et où, sans doute, elles eussent été massacrées en grand nombre.
[24] Les nationalistes turcs revendiquent Alexandrette et Antioche.
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Il est délicat de parler des Arméniens. Ils sont chrétiens. Ils ont été victimes de persécutions atroces. Ce sont là deux raisons qui les rendent sympathiques aux Français de France.
Mais qui connaît l’Orient n’ignore pas les raisons de ces persécutions et avec quelle allégresse, dès qu’elles le peuvent, ces victimes deviennent bourreaux…
C’est une abominable haine, une haine inextinguible qui dresse l’un contre l’autre l’Arménien et le Musulman. L’invasion d’un territoire presque uniquement peuplé de mahométans par une population que ces derniers détestent souleva une émotion considérable. On nous soupçonna d’avoir attiré en Syrie l’Arménien avec l’arrière-pensée de lui faire jouer, contre l’Arabe, le même jeu que joue le Sioniste en Palestine[25], où il tend de plus en plus à évincer l’élément autochtone.
[25] Mais alors que les Sionistes apportaient en Palestine leurs millions, leur activité, y travaillaient la terre, y faisaient pousser forêts, céréales, arbres fruitiers et vignes, l’Arménien n’apportait en Syrie que sa misère et ses appétits.
Et puis, instruit par des exemples antérieurs, on prévoyait ce qui allait se passer. A peine installés, réconfortés, les Arméniens, fils d’une race que ni la culture de la terre, ni l’élevage, ni toutes les tâches productives n’intéressent et qui est si merveilleusement apte à vivre, à proliférer, à s’enrichir sur le sol étranger où elle s’abat, gagnèrent les grandes villes, Alep, Beyrouth, Damas.
Ils construisirent de leurs mains de pauvres éventaires qui devinrent boutiques, tinrent sur leurs genoux, aux portes des cafés, des bureaux de change qui bientôt seront banques, firent aux artisans et commerçants locaux la plus redoutable concurrence… Et les voici déjà à Alep, propriétaires orgueilleux d’une partie de la ville.