L’écho de ces clameurs vient jusqu’à Paris. Le représentant de la France reçoit l’ordre impératif de ne pas admettre que les frontières du Grand Liban puissent être discutées. Les chrétiens maronites, c’est-à-dire une minorité, reçoivent satisfaction. Mais la majorité syrienne continue à souffrir d’un état de choses, d’une injustice dont nous sommes responsables, dont nul ne saurait dire en quoi elle nous a profité. Et la lutte se poursuit contre nous.
Pourtant, il ne nous eût point été difficile de gagner leur amitié. Il ne fallait, pour cela, que leur témoigner de la sympathie et agir avec une certaine adresse.
Ils se trouvaient encore sous le coup de l’amère déception que leur avait causée le partage, par les alliés, des provinces détachées de l’Empire ottoman.
Nous pouvions leur donner une nouvelle espérance : celle que la Syrie deviendrait un jour le foyer de leur race.
C’était retourner, à notre profit, le plan que les Anglais tentaient de réaliser à la Mecque.
Le fait que nous occupions Damas-la-Sainte, la Prestigieuse, nous rendait l’entreprise aisée de créer, dans cette ville, une université qui, sous notre égide, eût rivalisé avec El Azar et fût devenue le centre où la pensée arabe se fût concentrée.
Nous n’avons pas compris le parti que nous aurions pu tirer de cette situation.
Notre présence en Syrie ne consacrait-elle point la victoire de la Croix sur le Croissant ?…
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Ayant morcelé le pays commis à nos soins pour en attribuer les plus belles parts à ceux de nos pupilles que nous portions tout particulièrement dans notre cœur, nous devions faire d’autres largesses encore avec un bien dont on nous conteste le droit de disposer à notre guise. Par le traité d’Angora nous cédions à la Turquie, la Cilicie, c’est-à-dire non seulement une région considérée par les Syriens comme faisant partie de leur patrimoine, mais encore une immense et très productive terre à blé.