Quels griefs les Syriens articulent-ils encore contre nous ?
Voici le plus grave : ils nous accusent de les avoir ruinés. Avant notre arrivée, ils usaient, pour leurs transactions, de la livre ottomane papier mais surtout de la livre turque or et de la livre égyptienne.
Nous résolûmes de créer la piastre syrienne que nous assimilâmes à notre franc dont elle devait suivre la fortune[26].
[26] L’arrêté par lequel, à la date du 21 janvier 1921, M. Robert de Caix décida la création de la monnaie syrienne comporte notamment deux articles :
« Art. 2. — Toute dette, billet, effet de commerce, dépôt de toute nature antérieurs au 26 novembre 1918, stipulant le paiement en monnaie étrangère ou en espèces métalliques étrangères, seront remboursables en monnaie ayant, de par la législation de l’État qui les a émis, cours légal et libératoire à l’intérieur de son territoire.
« Art. 3. — Toute dette, billet, effet de commerce, dépôt de toute nature antérieurs au 26 Novembre 1918, stipulant le paiement en livres turques papier et espèces, sera converti en monnaie syrienne à la valeur de 1 dollar 50 au cours du jour de la date du présent arrêté, soit 112 piastres syriennes 50 par livre turque stipulée. »
On accordait donc à cent-douze piastres syriennes cinquante, c’est-à-dire exactement à vingt-deux francs dix de notre monnaie, la valeur d’une livre turque or.
Par suite de la dépréciation de notre monnaie, celle-ci cote aujourd’hui 135 francs.
Si nous voulons mesurer le tort que nous avons causé au pays en créant la piastre, à quoi nous donnions un cours légal et libératoire, il suffit de nous rappeler ce que le franc valait par rapport au dollar le 21 janvier 1921 et ce qu’il est devenu depuis…
— Sans vous, nous disent les Syriens, nous userions encore de la livre turque or et de la livre égyptienne. Nous serions riches. Vous avez fait de nous des pauvres.