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Comme l’Égyptien, davantage encore, le Syrien est âpre au gain. S’il aime jusqu’à l’excès, jusqu’à la manie la politique, l’intrigue, l’agitation, c’est, en partie, parce qu’il est oisif et pauvre. Que son pays, irrigué par le grand fleuve, prenne l’aspect du Delta, le Syrien comblé des dons de la fortune oubliera bientôt les rêves dans lesquels il se complaît, qui l’énervent, l’irritent et le stérilisent.
Et si ce sont les Français qui, par leur industrie, ont fait de lui l’égal de son cousin du Caire ou d’Alexandrie, encore qu’il soit, de nature, peu enclin à la gratitude, peut-être nous en accordera-t-il les apparences.
Peut-être nous autorisera-t-il, pour récupérer les milliards que nous avons décaissés, à prendre une partie des richesses que nous aurons créées.
Mais pour que nous puissions mettre la Syrie en œuvre, il faut que le calme et la sécurité y règnent.
Sommes-nous capables d’inaugurer une politique permettant d’obtenir ce résultat ?
Et le voulons-nous ?
X
Faut-il partir, rester ?…
Il serait vain, il serait puéril de le nier : nous n’avons pas réussi en Syrie. Après six années de tutelle, nous ne sommes arrivés ni à nous faire craindre, — ce qui est un moyen de gouvernement, — ni à nous faire aimer, — ce qui en est un meilleur, — ni à gagner l’estime de nos pupilles sur le compte desquels, de notre côté, nous avons perdu bien des illusions.
Nous les avons déçus. Ils nous ont lassés.