Mélancolique bilan !

La charge que nous avons assumée devant la Société des Nations et qui consiste à assister les Syriens, à les conseiller, à les conduire jusqu’à leur majorité était-elle aisée ?

Certes non. En ce pays d’embûches et de chausse-trappes, dont les fils, si turbulents, si divisés, sont plus épris encore de discussion et d’agitation que de bonheur, en ce pays où naissent et se développent tant d’ambitions, où les partis, comme les religions, se désagrègent et se décomposent sans cesse pour se reconstituer sous d’autres formes, où, enfin, le Sage, le Juste, le Très Bon lui-même — l’expérience est faite depuis des siècles — se heurtent à l’incompréhension des hommes et ne sont payés que par leur ingratitude, toute tâche est difficile.

Surtout quand elle est de la nature de celle qui nous échéait.

Oh ! sans doute, une autre nation que la nôtre, si elle se fût trouvée à notre place, eût connu les mêmes soucis, soulevé les mêmes mécontentements, donné aux populations les mêmes motifs ou les mêmes prétextes de se plaindre. Car on n’imagine pas très bien les Syriens se déclarant satisfaits de la loi qu’on leur impose et de ceux qui l’appliquent.

Et, sans doute, cette puissance eût-elle été combattue, à l’intérieur et de l’extérieur par les mêmes hommes, les mêmes organisations que nous voyons aujourd’hui dressés devant nous.

Mais cette constatation ne peut que nous consoler — très faiblement — de nos déboires dans l’accomplissement d’une mission qui, ne nous ayant rien rapporté, nous a coûté tant d’argent, tant de précieuses vies humaines et tant de prestige.

Un ancien président du Conseil, à qui un témoin de ce qui se passe au Levant exposait la situation, s’écriait en prenant dans ses mains sa tête lourde de science :

— Ah ! si nous pouvions nous retirer de la Syrie sur la pointe des pieds et sans que personne ne le sût !…

Ce ministre exprimait, dans le privé, l’opinion de beaucoup de Français — peut-être même de la majorité des Français.