Eh bien, cette politique de renoncement, d’abdication, il n’est plus de notre dignité d’y consentir.
Quelle serait notre situation dans la Méditerranée, et sur la route des Indes si nous abandonnions la Syrie avant d’avoir signé avec elle certains traités, certaines conventions ?…
Outre que, en nous rembarquant nous avouerions notre échec, notre impuissance, nous ruinerions notre influence dans le Proche-Orient. Du même coup, nous accroîtrions celle de l’Angleterre et de l’Italie qui ne manqueraient pas, au lendemain du jour où nous aurions résigné notre mandat, de se présenter devant la Société des Nations pour recueillir notre succession.
Or, l’Angleterre est installée à Gibraltar, à Chypre, à Malte, à Alexandrie, sur le canal de Suez, en Mésopotamie, en Palestine, en Irak.
Et l’Italie, dont nous connaissons le robuste appétit, qui escompte bien que le statut du Dodécanèse sera réglé en sa faveur, et qui se livre, dans toute l’étendue des territoires placés sous notre mandat, à une active propagande, l’Italie convoite déjà Smyrne !…
Mais, si nous voulons demeurer, il nous faut, de bonne foi, reconnaître nos erreurs et réparer celles qui peuvent l’être encore.
Jusqu’ici, nous avons fait la politique de la minorité. Elle nous a rapporté la révolte, la guerre. Inaugurons la politique de la majorité, une politique musulmane. C’est à ce prix, à ce prix seulement, que nous rétablirons la paix et recouvrerons notre prestige perdu.
Certes, il ne saurait être question de renier nos traditions dans le Levant, de n’y plus être, pour le chrétien, l’ami que nous fûmes pendant des siècles[29]. Mais s’il continue de mériter notre sollicitude, rien ne justifie les faveurs dont nous l’avons si imprudemment comblé, le jour que, pour satisfaire à son orgueil, nous avons intégré à son patrimoine des terres arrachées au patrimoine d’autrui.
[29] Comment pourrions-nous oublier l’œuvre admirable de nos religieuses et de nos religieux, des Lazaristes, notamment, qui, au prix d’immenses efforts, avec un dévouement et une abnégation auxquels on ne rendra jamais assez hommage, ont répandu notre langue dans tout le bassin de la Méditerranée orientale.