Ce ne serait point le molester que de donner à son domaine des limites raisonnables, réparant ainsi une injustice dont nous portons la responsabilité et qui est à l’origine de nos malheurs.

Cette mesure, strictement équitable, qui serait un acheminement vers l’unité syrienne, qu’on nous réclame avec tant de force, calmerait les esprits, ramènerait à nous les éléments sérieux et sains du pays. Au lieu de continuer à pactiser avec les professionnels de l’intrigue et de l’agitation, les aventuriers, les ambitieux et tous nos ennemis de l’extérieur, dont ils sont devenus, artificiellement et poussés par le désespoir, les alliés temporaires, ils se rallieraient à nous, travailleraient à nos côtés pour le bien de la Syrie.

Les chrétiens libanais, leurs pasteurs-politiciens, surtout, protesteraient.

Il faudrait les laisser protester et, pour soustraire le Haut-Commissariat à leurs récriminations, à leur influence, à leurs intrigues, le transférer de Beyrouth à Damas, au cœur même de la Syrie. Car Beyrouth cache le Liban et le Liban cache la Syrie.

Si nous avons essuyé un si grand nombre d’échecs dans ce pays, c’est que nous ne l’avons pas compris, c’est que, jamais, nous n’avons entendu sa voix, ni perçu les pulsations de son sang.

C’est seulement à Damas que nous y parviendrons.

Ayant restitué à la vraie Syrie les casas et les régions côtières dont nous l’avons amputée, ayant mis notre administration centrale en mesure de la comprendre enfin, nous n’aurons pas accompli encore toute notre tâche.

Il nous restera à réformer un système monétaire désastreux, interdisant aux Syriens toute transaction commerciale avec leurs voisins et à les débarrasser de l’armée des fonctionnaires de tous ordres que nous avons installés chez eux. Médiocres en général, ces commis qui, en France, occuperaient des postes infimes, reçoivent en Syrie des émoluments considérables et y font figure de potentats !

Les Syriens, à qui, je l’ai dit sans ambages et parfois même avec verdeur, certains graves défauts n’ont pas été épargnés par les dieux, sont gens évolués. Ils apprécient à leur juste valeur, qui est mince, ces instituteurs, ces sous-préfets, ces agents subalternes de différents ministères que nous leur avons donnés pour maîtres. Les plus indulgents en sourient. Les plus ardents se sont révoltés contre eux. Tous en sont las et demandent leur départ.

Par contre, ils entourent de considération, de respect, d’admiration ceux des nôtres chez qui ils reconnaissent une supériorité. Certains les ont parfois traités durement, très durement même. Deux ou trois leur furent impitoyables. Mais ils ont réalisé. Ils ont fait œuvre utile. Leur réputation s’est répandue jusqu’au désert sous la tente rapiécée du Bédouin. On les craint, mais on les estime. C’est le secret de l’autorité en Orient.