Ce soir, demain matin au plus tard, les gentlemen au teint de vieil ambre, d’olive ou de bronze, « feront amis » avec ces lieutenants, leur déclareront qu’ils sont plus Français qu’eux-mêmes, leur poseront d’insidieuses questions, leur diront « la vérité vraie » sur la situation en Syrie, les inviteront à déjeuner, à dîner, à coucher, etc., chez eux à Beyrouth, mettront à leur disposition, pour l’été prochain, les maisons qu’ils possèdent dans la montagne libanaise.

— Tout ce qui m’appartient est à vous, mon cher !…

Et ils obtiendront, du moins en nourrissent-ils l’espoir, d’être présentés à M. Henry de Jouvenel.

Après avoir, selon les us, déclaré à celui-ci que « si l’on ouvrait leur cœur, on y verrait le nom de la chère France écrit en lettres d’or massif », après l’avoir, pour son bien et de façon tout à fait désintéressée — vous n’en pouvez douter — mis en garde contre ceux de leurs compatriotes qui, sous les régimes antérieurs, jouissaient d’un crédit vraiment immoral, vraiment scandaleux, ces beaux fils démasqueront enfin leur jeu.

Tel présentera une requête en son nom ou au nom d’un de ses gros clients. Celui-là proposera une combinaison commerciale, industrielle ou bancaire. Ce troisième sollicitera un monopole et ce dernier offrira d’aller traiter avec les rebelles pour le compte de cette France qu’il aime plus que sa mère.

Mais oui !

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M. Henry de Jouvenel cingle pour la première fois, lui aussi, vers les Échelles du Levant. Il ignore donc encore par quels moyens un peu rudes il importe, au-delà d’une certaine longitude, d’écarter l’engeance des quémandeurs.

Avec politesse, avec bonne grâce, en réussissant même assez bien à feindre qu’il y prend un très vif intérêt, il écoutera les discours qu’on lui tiendra.

Et, à l’instar de ses prédécesseurs, sollicités par les mêmes hommes, dans les mêmes conditions, il donnera des assurances de sa bonne volonté, promettra d’examiner personnellement les diverses questions qu’on lui aura soumises…