A partir de ce moment, ces messieurs de Beyrouth pourront prétendre appartenir à son intimité, être les confidents de sa pensée, les dépositaires de ses secrets, dire négligemment de lui, en débarquant : « Mon ami Henry de Jouvenel », ou plus gentiment encore : « Mon ami Henry », et, dès le lendemain de son installation au Grand Sérail, le harceler avec tant d’insistance que, pour avoir la paix, il finira bien par faire droit à quelques-unes de leurs requêtes !
Ainsi agirent Gouraud-le-Simple, Weygand-le-Pieux, Sarrail-le-Terrible.
Pourquoi Jouvenel-le-Magnifique ne les imiterait-il ? Pourquoi ne ferait-il certains dons de joyeux avènement aux fils du Liban qui s’imposèrent les frais et les fatigues d’une double traversée afin d’être les premiers à se prosterner devant lui, et qui, au nombre d’une bonne douzaine, continuent de l’épier, de se parler avec volubilité à l’oreille, de s’adresser clignements d’yeux et gestes discrets pour s’encourager l’attaque ?…
Allons, il y aura du sport à bord !
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Il y a eu du sport à bord !
Mais pas celui que j’attendais.
A peine le Sphinx eut-il quitté Marseille que le vent s’empara de lui pour s’en jouer comme d’une plume, comme d’un fétu. Six jours, six nuits durant, la tempête le fit rouler, tanguer, bondir, donner si furieusement de la bande que, plusieurs fois, le commandant se demanda si son bateau, dont toute l’armature craquait, allait pouvoir se redresser…
Au bar, dans les salons, la salle à manger, les meubles, arrachés ou descellés, bondissaient comme la caronade dont le père Hugo décrit la course dans Quatre-vingt-treize. Les cuisines étaient inondées. C’était un désastre.
Rêveries matinales sur le pont, longues stations d’après-midi sur la plage arrière, danses aux étoiles, expositions de toilettes, de joyaux et de chair ; comme vous pensiez peu à tout cela, fonctionnaires, richissimes enfants du Delta, touristes, belles exhibitionnistes !