Lors d’un voyage antérieur, on m’avait assuré, au Caire, que si M. Gaillard chuinte et bégaie, c’est volontairement. Ainsi, se donne-t-il le temps de peser longuement chacune de ses paroles. Ainsi ne livre-t-il de sa pensée que ce qu’il veut.

Il paraît qu’un diplomate digne de ce nom doit avoir plusieurs petits tours du même genre dans son sac à malices — sac que, soit dit incidemment, le représentant de la République sur l’ancienne terre des Pharaons dissimule avec bien de l’habileté !

On prétend également, dans la colonie française d’Égypte, que notre excellent ministre appartient à cette catégorie de fonctionnaires du Quai d’Orsay qui entrèrent dans la Carrière au cri de : « Pas d’histoires ! Pas d’histoires ! »

Sobre et naïf homme de bien, « aimant fort le repos, la paix et la douceur », le défenseur officiel de nos droits, prérogatives et intérêts s’est fixé un programme : ne jamais soulever d’incident, pratiquer résolument, et quelles que soient les circonstances, la politique des concessions intégrales, mériter enfin la confiance, les bonnes grâces du Roi Fouad et de la Résidence Britannique.

Pour l’heure, dans un coin du salon, M. Gaillard entretient M. Henry de Jouvenel.

Un peu rouge, un peu ému sans doute, il est obligé de lever la tête pour regarder son interlocuteur qui, gentiment, courbe sa haute taille afin de ne point imposer gymnastique trop fatigante au diplomate de format réduit venu pour le visiter et qui, selon toute vraisemblance, lui communique de très précieuses informations.

Sur quoi roule la conversation ? C’est ce que, naturellement, je ne saurais vous dire. Mais quand, à petits pas et suivi de son cawas, le ministre a quitté le bord, j’apprends qu’après-demain matin M. Henry de Jouvenel aura, au Caire, une entrevue avec les membres directeurs du Comité syro-palestinien et que la paix immédiate peut sortir de cette conférence.

Est-ce M. Gaillard qui a arrangé cette rencontre ? Est-ce à ses bons offices que nous devrons la fin du cauchemar syrien ? Je veux le croire. Je le crois. Et déjà je suis prêt à témoigner que, cette fois, notre ministre en Égypte a bien mérité de la France.

Mais qu’est donc ce Comité syro-palestinien avec lequel le Haut-Commissaire de la République dans le Levant va se rencontrer, traiter presque de puissance à puissance ?

Ah ! comme il est malaisé de l’expliquer succinctement et avec une suffisante clarté !