J’y tâcherai pourtant.

Au cours de la lutte menée par les Alliés contre l’Empire ottoman, lutte à laquelle participèrent assez mollement, il faut le dire, et sans déployer beaucoup de courage, les Arabes syriens et palestiniens qui, depuis des siècles, nourrissaient l’espérance de s’affranchir du joug turc, on laissa entendre à ces auxiliaires que, la paix signée, ils pourraient constituer un vaste royaume arabe autonome s’étendant du canal de Suez au Taurus et de la Méditerranée à la Perse.

Cet État aurait pour suzerain le grand chérif Hussein, descendant du Prophète, qui régnerait à la Mecque et à Médine, avec le titre de roi du Hedjaz, cependant que trois de ses fils gouverneraient en son nom à Bagdad, Damas et Jérusalem.

Jusqu’à quel point la France souscrivit-elle ces demi-engagements ? Jusqu’à quel point même les connut-elle ? Furent-ils pris par la seule Angleterre ou, du moins, par tels de ces agents officieux, tels de ces aventuriers qu’en certaines circonstances elle emploie préférablement à ses diplomates afin que, l’heure venue de s’exécuter, elle puisse, sans forfaiture, prétendre ignorer de quoi il s’agit ?

Un grand mystère plane sur ce point. Nous ne savons pas et sans doute ne saurons-nous jamais dans quelle mesure notre pays flatta, encouragea les aspirations nationalistes des Arabes, ni quelles promesses plus ou moins précises leur furent faites en son nom…

Vint la défaite turque, la suspension des hostilités. Puis une longue période s’écoula durant laquelle on ne savait si la paix était descendue ou si la guerre sévissait encore du Tigre à la Méditerranée et à la presqu’île arabique. L’Angleterre commençait à comprendre que c’est surtout en Orient que l’action n’est point la sœur du rêve. Elle s’avisa que le royaume arabe, ce fameux royaume sur lequel eût régné, en la personne d’Hussein, un pantin articulé dont elle eût tiré les ficelles, était difficilement réalisable.

Alors, puisqu’elle ne pouvait plus espérer recevoir la totalité du gâteau qu’elle avait convoité, elle s’ingénia à empoisonner les morceaux qui, inévitablement, allaient lui échapper et sur lesquels, son alliée et associée, la France, s’apprêtait à étendre la main.

Elle s’engagea dans une politique assez confuse, assez trouble et — pourquoi ne pas l’écrire ? — tout à fait perfide à notre égard…

Elle nous créa les plus graves difficultés jusqu’au jour où ses attributions et les nôtres furent enfin définies dans le Proche-Orient : elle recevait le mandat sur la Palestine et l’Irak, nous le recevions sur la Syrie.

Alors, tout ce pays qui avait été soulevé d’un espoir immense, encouragé sinon entièrement suscité par les Alliés, frémit, s’indigna.