On s’était joué de l’Arabe. On l’avait trompé. On lui avait promis l’indépendance et l’on refusait de la lui donner.
Mieux, dans cette Palestine, l’une des régions les plus riches en traditions musulmanes, on attirait, on installait systématiquement par dizaine de milliers, des juifs prolifiques et industrieux qui, bientôt, submergeraient l’autochtone et l’évinceraient.
En Syrie, en Palestine, en Irak, au Hedjaz, du Taurus au canal de Suez et de la côte au désert, les vieillards qui avaient espéré assister, avant la fin de leur saison, à l’avènement de ce qu’avait rêvé leur jeunesse, les intellectuels, les mystiques de l’idée arabe poussèrent une clameur de désespoir et de colère.
Dans leurs âmes farouches et simples, mais droites, ces hommes qui constituaient l’élément le plus sain, le plus probe, le plus courageux de la Syro-Palestine, conçurent, à notre égard, un amer ressentiment.
Ils étaient donc préparés à subir l’influence d’une propagande antianglaise et antifrançaise.
Tous les agitateurs professionnels qui pullulent dans le Proche-Orient, tous les ambitieux qui avaient espéré jouer un rôle dans l’État, obtenir places, honneurs, titres, prébendes, riches domaines, fonctions plus ou moins honorifiques à la cour de la Mecque ou dans ses succursales de Damas, Bagdad et Jérusalem, vinrent leur prêcher la révolte contre les deux grandes nations occidentales qui, après s’être servies du peuple arabe pour détruire l’Empire ottoman, s’étaient partagé sans vergogne un immense territoire auquel elles s’étaient engagées à donner l’autonomie.
Ces prédicateurs, dont beaucoup n’étaient, au demeurant, que d’assez tièdes patriotes et quelques-uns de francs aventuriers, constituèrent une organisation protestataire dans laquelle ils n’eurent point de peine faire entrer les hommes dont j’ai parlé plus haut.
Ce fut l’embryon du Comité syro-palestinien, qui, peu à peu, se développa, accueillit en son sein des gens de toutes origines, de toutes confessions (parmi lesquels l’Arabe pur fut très vite noyé), et qui se donna pour programme de chasser l’Angleterre et la France des territoires sur lesquels elles exerçaient leur mandat.
A ce mouvement il fallait un président. On le chercha. Il devait être paré de quelque prestige, comblé jusqu’à l’excès des dons de la fortune (on allait avoir besoin de fonds considérables), assez faible d’esprit pour qu’on le pût aisément manœuvrer et suffisamment vain pour se croire destiné à ceindre une couronne royale : celle de Syrie — en attendant mieux — c’est-à-dire la couronne jadis promise au grand chérif Hussein !
Après quelques hésitations, le choix des membres du Comité s’arrêta sur un certain Michel Lotfallah, Grec orthodoxe, d’origine syrienne et établi au Caire.