C’était la France, la France affaiblie et ruinée par une guerre dans laquelle elle avait jeté « jusqu’à son dernier homme, jusqu’à son dernier sou » pendant que ses Alliés économisaient leurs forces vives et leurs moyens d’action.
Quelle fut l’attitude de l’Angleterre vis-à-vis du Comité ? Comprenant très vite que le danger qu’il présentait était pour elle, sinon chimérique, du moins fort éloigné dans le temps, elle résolut d’user de lui.
Ne renonçant pas complètement au projet d’étendre un jour son hégémonie sur l’intégralité des provinces détachées de l’Empire ottoman, elle considéra que le Comité pouvait lui rendre d’appréciables services puisqu’il entendait nous faire la guerre, soulever contre nous les populations, nous dégoûter de la Syrie, nous obliger à en partir par la force ou nous y créer de telles difficultés que, lassés, écœurés, nous rembarquions nos troupes et que nous renoncions à notre mandat.
On imagine la suite : l’Angleterre se fût présentée devant le Parlement International de Genève afin de recueillir notre succession, dans toutes les formes juridiques, cela va de soi.
Ce programme est-il abandonné ? Je ne saurais le prétendre. Mais j’ai acquis la certitude que, malgré les déclarations de ses organes officiels, l’Angleterre continue de témoigner la plus grande bienveillance au Comité et à encourager en sous-main toutes les actions que celui-ci entreprend contre nous.
C’est dans cette officine que fut organisé le mouvement antifrançais, par ces ambitieux, ces agitateurs, ces brouillons, ces fanatiques, ces aventuriers qui, trop pusillanimes pour nous combattre eux-mêmes par les armes, chargèrent le peuple druse, le seul du pays aimant la guerre, de nous attaquer.
Connaissant ce peuple de longue date, sachant qu’il obéit aveuglément aux grandes familles féodales régnant despotiquement sur lui, il suffit à nos ennemis de gagner les chefs. Comblés de promesses, pourvus de subsides, d’armes, de munitions, ceux-ci entrèrent en dissidence, levèrent des bandes, se livrèrent aux exploits que l’on sait.
C’est le Comité qui donne des ordres aux insurgés près desquels, le fait est établi, plusieurs de ses membres sont installés en permanence. C’est lui qui organise la propagande à l’étranger[3], envoie à Genève ou à Rome ces « délégués syriens » qui multiplient les intrigues, tâchent à se faire recevoir par les représentants des puissances à la Société des Nations, à leur remettre pétitions, mémoires et rapports. C’est en son sein, enfin, que sont rédigées, d’une encre qui ne varie point, les proclamations et les lettres adressées périodiquement, au nom du peuple druse, au Haut-Commissaire de la République pour lui signifier à quelles conditions les rebelles consentiraient à faire la paix !
[3] Il a installé au Caire un « Bureau syrien d’informations » qui fournit articles et dépêches à deux cent onze journaux paraissant en langue arabe, latine ou hindoue. Il fait même paraître à New-York un organe de langue turque : le Bariek.
Ses frais journaliers de correspondance oscillent entre deux cents et trois cents piastres égyptiennes.