Il dispose de vingt-cinq correspondants recevant chacun un traitement mensuel de trente livres sterling et qui, depuis le début de l’insurrection jusqu’au 15 février dernier, ont dépensé, en télégrammes, plus de quatre cents cinquante mille francs.
Ainsi, par ces moyens, à l’abri de tous risques, de toutes représailles, les membres du Comité syro-palestinien continuent de tramer leurs intrigues contre la France, de la calomnier aux yeux du monde, de prolonger la révolte artificielle des Druses égarés, leurs mercenaires.
Tels sont les hommes, les ennemis que, en dépit de ses répugnances, M. Henry de Jouvenel, dont on ne saurait trop louer la volonté pacifique et qui affirme hautement son désir de réaliser, s’il se peut, une paix sans victoire, a accepté de rencontrer au Caire.
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La capitale de S. M. Fouad Ier n’est pas seulement une ville de tourisme et d’élégance.
C’est aussi un centre politique fort important. C’est au Caire que sont publiés les journaux arabes les plus considérables quant au tirage et à l’influence. C’est au Caire que, des points les plus lointains du monde musulman, des centaines de jeunes gens viennent, chaque année, étudier les lettres, les sciences, la théologie à la très ancienne Université d’El Azar, où professent les cheiks les plus vénérés et les plus savants. C’est au Caire que tous les nationalismes, tous les particularismes orientaux s’entretiennent et se développent. C’est au Caire enfin que d’innombrables organisations de propagande fonctionnent, que des Comités politiques ou religieux intriguent, que chaque jour se fondent des sociétés plus ou moins secrètes : turques, arabes, bédouines, syriennes, druses, etc.
Ai-je besoin de vous dire que tout ce qui se passe actuellement en Syrie suscite en cette ville, étonnante à plus d’un titre, les commentaires et les mouvements d’opinion les plus passionnés et que, partant, l’arrivée de l’homme politique à qui incombe désormais la lourde charge de représenter notre pays dans les quatre États du Levant placés sous le mandat français, crée, ici, une émotion dont on ne saurait se faire une idée lorsqu’on ne connaît point l’Oriental, son goût de l’intrigue, l’empressement avec lequel il saisit toutes occasions de s’agiter.
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Depuis vingt-quatre heures que M. Henry de Jouvenel est au Caire, il n’est cheik, étudiant, journaliste, avocat, qui ne commente avec passion et volubilité la présence du Haut-Commissaire français sur la terre d’Égypte. Et presque tous se déclarent qualifiés pour être reçus par lui, pour lui faire une conférence sur la Syrie, le Grand-Liban, l’État des Alaouites, le Djebel-Druse, lui indiquer comment il doit concevoir son rôle s’il a quelque souci de sa gloire et lui offrir leur précieuse collaboration.
M. Henry de Jouvenel aime à répéter que, resté journaliste, il entend appliquer, en son nouvel état, les méthodes de la profession. « Je mène une enquête, un reportage », dit-il.