Aussi, que de monde a-t-il reçu déjà, que de discours écoutés, que de conseils lui furent-ils prodigués, et que de confidences — de fausses confidences — lui furent-elles faites !

Il a subi ces multiples assauts avec une parfaite sérénité. Mais j’ai l’idée que, dans le privé, lorsqu’il essaie de récapituler tout ce qu’il a entendu, de tamiser ses impressions pour essayer d’y trouver une parcelle de vérité, il doit se sentir un peu étourdi.

Un peu étourdi, mais prodigieusement amusé par tous ces fantoches, par tous ces malins, par tous ces aventuriers dont chacun se flatte de l’avoir convaincu, de lui avoir fait partager son point de vue.

Je pense à l’article qu’il câblerait si, au lieu d’être le personnage officiel qu’il est devenu, le très décoratif commissaire de la République, obligé, dès le matin, de porter l’écharpe tricolore, la redingote et le chapeau haut de forme, il se trouvait bonnement ici comme m’y voilà, afin d’écrire au jour le jour, ce que je vois, entends, crois comprendre d’une situation qui, à mesure que je m’approche du but de mon voyage, me paraît plus compliquée et confuse…

*
* *

J’ai usé plus haut à tort du mot « assaut ». J’eusse dû écrire « escarmouches ». L’assaut est pour tout à l’heure. C’est à une délégation du fameux Comité syro-palestinien qu’est réservé l’honneur de le donner et — involontairement — de faire à M. Henry de Jouvenel la plus profitable démonstration de ce qu’est l’âme orientale.

La délégation vient d’arriver. Elle attend, dans le hall de l’hôtel, le moment d’être reçue. Elle est composée d’une trentaine d’hommes : chrétiens, musulmans et druses. Presque tous sont vêtus à l’européenne et coiffés du tarbouche. Quelques-uns portent la robe et le turban.

Ils sont groupés autour d’un personnage de haute taille, d’une suprême élégance vestimentaire, au visage anguleux barré de fortes moustaches noires et dont, sous des paupières capotées, le regard surprend par son atonie.

C’est le chef de la délégation. C’est le président du Comité syro-palestinien. C’est l’un des candidats au trône de Syrie. Et, puisqu’il faut l’appeler par son nom, lui donner le titre de pacotille dont il s’affuble, c’est l’émir Michel Lotfallah.

Ces messieurs sont introduits dans un vaste salon contigu à l’appartement de M. Henry de Jouvenel. Le représentant de la France adresse quelques paroles de bienvenue à ses hôtes et leur désigne des sièges.