Il affirme sa volonté de collaborer étroitement avec toutes les populations des territoires placés sous mandat, il déclare que son premier geste, dès son arrivée à Beyrouth, consistera à permettre aux États du Grand-Liban et des Alaouites, où règne le calme, de se donner une constitution. Les États de Syrie et du Djebel-Druse jouiront du même privilège immédiatement après qu’ils seront rentrés dans l’ordre.

Et c’est sur ces mots que l’entrevue se termine, sans que l’émir Lotfallah ait émis une syllabe, sans qu’une seule phrase significative ait été prononcée de part et d’autre !

Dans l’escalier, puis dans le hall de l’hôtel où de jolies Américaines, culottées de peau blanche, et qui, rentrant de leur matinale promenade à cheval, boivent du porto, les délégués tiennent un long conciliabule. Il n’est que de les observer pour comprendre à quel point ils sont agités, pour discerner qu’ils sont scindés en deux camps, l’un composé des hommes rassis et qui n’approuvent point l’algarade de l’éphèbe aux yeux de flamme, aux paroles prudentes, l’autre groupant les éléments plus jeunes et, partant, plus combatifs ou moins habiles.

Et que fait l’émir au milieu de ses troupes divisées ? Rien. Le visage et l’œil mornes, il semble s’ennuyer prodigieusement.

Enfin, les deux camps se rapprochent. De l’un à l’autre on se parle avec moins de vivacité. Les gestes sont plus amènes que tout à l’heure. Il est évident qu’on se met d’accord sur un plan d’action. Et quand, précédée de l’émir, la délégation quitte l’ombre douce et fraîche qui règne dans le hall de l’hôtel pour gagner la fournaise de la rue, j’ai la certitude qu’elle a décidé de faire quelque chose.

Quoi ? M. Henry de Jouvenel ne tardera pas à le savoir. Ayant consacré toute sa journée à des visites officielles, puis offert un grand dîner dans le cadre somptueux de « Mena House », au pied des Pyramides, il ne revint à l’hôtel qu’assez tard dans la nuit, quelques heures à peine avant le départ du train qui le devait ramener à Alexandrie où le Sphinx l’attendait pour le conduire à Beyrouth.

Encore tout ému, tout palpitant, gardant dans l’œil le souvenir du prodigieux spectacle qui, pour la première fois, venait de lui être offert au seuil du désert baigné de lune, enclin au lyrisme, à la rêverie, à la méditation, ayant sans doute oublié, pour un temps, ses préoccupations politiques, les visites reçues et aussi les discours subis, il fut replongé brusquement dans la réalité par une lettre qu’il trouva chez lui.

Elle émanait du Comité syro-palestinien.

A la fois impudents et ingénus, ses signataires prenaient acte de la conversation du matin, retenaient les « promesses » faites par S. E. M. le Haut-Commissaire, se disaient forts d’obtenir la soumission des druses et des bandits opérant dans les faubourgs de Damas si, en retour, et comme convenu, le représentant de la France renonçait au mandat et, dès son arrivée à Beyrouth, ordonnait l’immédiat embarquement de l’armée du Levant !

Tout simplement.