M. Reclus est un Reclus. Il appartient à l’illustre famille. Délégué à Alep du Gouverneur de l’État de Syrie, lequel tient résidence à Damas, le descendant du grand Onésime ou du grand Élisée est en somme l’Œil de la France sur la Route des Caravanes de la Perse et de l’Inde.
M. Reclus est un homme sérieux, un peu taciturne même. Jamais la moindre parcelle de fantaisie ne se glissa en son âme administrative. Ce qu’il affirme avec tant de certitude est, à n’en pouvoir douter, l’expression même de la vérité.
Si — ce que je ne vous souhaite pas — vous aviez été Haut-Commissaire, qu’auriez-vous dit, après avoir lu des rapports aussi péremptoires que ceux de M. Reclus ? Mais ceci :
— Parfait !… Tout cela colle on ne peut mieux à ma politique qui consiste à isoler progressivement les régions insurgées et à combler de bienfaits celles dont les habitants affirment que la France est leur seconde mère. Je vais donc donner aux Alépins la possibilité de voter et d’élaborer leur constitution. Cela ne peut manquer de susciter une énorme émotion chez les gens de Damas et ceux du Djebel Druse.
Ayant ainsi parlé, qu’auriez-vous fait ?
A l’instar d’Haroun-al-Raschid qui ne dédaignait point de se rendre compte de toutes choses, vous fussiez parti incontinent pour Alep.
Henry de Jouvenel n’y manqua point.
Comment, artiste et nourri de lettres ainsi que vous le connaissez, ne conserverait-il un inoubliable souvenir de ce voyage accompli, mi-partie en auto, mi-partie dans un train protégé par une section d’infanterie et un char de combat, à travers l’un des pays les plus riches, sinon le plus riche au monde de légendes païennes, de légendes bibliques et d’histoire ?
Pays où se succédèrent les civilisations phénicienne, romaine, byzantine et arabe, qui subit les invasions assyriennes et mongoles, que les croisés jalonnèrent de châteaux-forts dont les ruines, comme celles du château de Tripoli où résidait la Princesse lointaine, entre les bras de qui Godefroy Rudel vint mourir, parlent avec tant d’éloquence à l’imagination.
Pays où tel village qu’on nomme Djebeil fut la Sainte Byblos d’Adonis et telle ville inscrite sur la carte sous le nom d’Hama, l’ancienne Emesse où naquit Héliogabale !